L’offensive secrète d’Obama contre l’Iran

Révélations sur l’extrême implication du président dans les cyberattaques contre le programme nucléaire de Téhéran.

Le virus Stuxnet, développé conjointement par les États-Unis et Israël sous le nom de «Jeux olympiques», visait à détraquer le programme nucléaire iranien. Il a réussi au-delà de toute espérance. Dans un livre qui vient de paraître aux États-Unis, la Maison-Blanche reconnaît à mots couverts l’implication extrême du président Barack Obama.

À quelques jours de son intronisation, en janvier 2009, Barack Obama est convoqué à la Maison-Blanche pour un aparté très discret avec son prédécesseur, George W. Bush. Ce que dit le quarante-troisième président des États-Unis est sans détour. Il est vital, martèle Bush, de préserver deux actions en cours: l’utilisation de drones au Pakistan dans la lutte contre al-Qaida et la cyberguerre contre l’Iran.

Ce qui suit est relaté dans un livre publié mardi aux États-Unis, signé par David Sanger*, rédacteur au New York Times, qui livre des témoignages inédits. Barack Obama découvre qu’une «sale guerre» très secrète se joue depuis 2006 contre le régime chiite de Téhéran. Non pas avec des troupes au sol, mais avec des ordinateurs, des virus et des codes malveillants. Une guerre moins sanglante en apparence, mais tout aussi âpre, et dont l’issue pourrait également «décider de la guerre ou de la paix», comme n’hésite pas à lui confier le président sortant.

L’arme fatale, en l’occurrence, est un virus informatique d’une puissance inégalée, nom de code «Olympic Games » («Jeux olympiques»), qui, depuis deux ans, sème le chaos au sein du programme nucléaire iranien.

Programme nucléaire souterrain

À la surprise générale, Obama va se muer en chef de guerre déterminé, à mille lieues de sa pusillanimité supposée en matière de politique étrangère. Omniprésent dans la conduite des opérations, le président démocrate exige un briefing hebdomadaire sur l’état de l’offensive en cours, donnant son aval à chaque nouvelle cyberattaque contre l’Iran.

«Jamais, écrit Sanger, depuis Lyndon Johnson et le choix des cibles à bombarder au Nord-Vietnam, un président n’avait été impliqué d’aussi près dans l’escalade pas à pas d’une attaque contre les infrastructures d’une nation étrangère.»

L’origine du programme remonte à 2006, lorsque l’Administration Bush constate l’épuisement des stratégies traditionnelles face à des dirigeants iraniens de plus en plus arrogants. Convenant que des frappes conventionnelles auraient peu d’effets sur un programme nucléaire souterrain et disséminé aux quatre coins du vaste désert iranien, la Maison-Blanche décide de lancer des «cyberattaques» contre le cœur de ce programme, les souterrains de Natanz, à 250 km au sud de Téhéran. «Jeux olympiques» doit pouvoir détruire les très sensibles centrifugeuses de Natanz, en modifiant la vitesse de rotation de leurs moteurs.

Dans cette opération américano-israélienne, les programmateurs de la National Security Agency (NSA), à Fort Meade (Maryland), près de Washington, collaborent avec une unité spéciale de guerre électronique de Tsahal, connue sous le nom d’Unité 8200. Initialement baptisé «The Bug» par ses créateurs, le virus va être testé avec succès sur des centrifugeuses libyennes d’un modèle semblable, saisies en 2003.

Reste à l’inséminer dans le très secret système informatique du programme nucléaire iranien. Il fallait trouver un ingénieur ou un technicien physiquement rattaché aux installations de Natanz pour y introduire involontairement le virus. «C’était notre Saint-Graal, commente laconiquement l’un des auteurs du projet. Et il s’avère qu’il y a toujours un idiot pour ne pas trop réfléchir à ce que contient la clé USB entre ses mains.»

Les résultats vont au-delà des espérances. «Olympic Games» s’infiltre dans les arcanes de Natanz, déclenchant des pannes de centrifugeuses, en apparence bénignes et localisées. Jusqu’à ce que survienne un couac majeur en 2010. Le virus échappe à ses créateurs lorsqu’un ingénieur iranien le libère tout à fait involontairement sur Internet. La menace, détectée durant l’été aux quatre coins du globe, est rebaptisée Stuxnet par les experts en sécurité informatique.

Mille centrifugeuses détruites

Barack Obama se trouve à la croisée des chemins. Il doit décider de tout arrêter avant qu’il ne soit trop tard, que cette arme d’un genre nouveau désormais révélée au grand jour ne soit décortiquée par les ennemis des États-Unis et ne revienne comme un boomerang sur les infrastructures vitales américaines.

Convaincu des dégâts «prometteurs» causés à Natanz, Obama autorise deux nouvelles cyberattaques, à l’aide d’une version perfectionnée de «Jeux olympiques», rebaptisé «Flame» (flamme). Il ne le regrettera pas. «Flame» réussit l’exploit de détruire mille exemplaires de centrifugeuses iraniennes ultramodernes de type Ir-2. Mieux, les interceptions révèlent que l’Iran est en train de perdre confiance en son savoir-faire et ses ingénieurs. Certains d’entre eux sont même limogés sans autre forme de procès. Le chaos est complet dans les souterrains de Natanz et les laboratoires de la capitale iranienne.

Les sources consultées par Sanger sont formelles: malgré le fiasco de Stuxnet, «Flame» a sans doute retardé d’un an et demi à deux ans le programme nucléaire iranien dans sa quête de la bombe. Un délai précieux, censé permettre aux sanctions internationales de faire enfin entendre raison au régime iranien. Cet objectif-là n’est pas encore atteint.

Maurin Picard (Le Figaro)

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