Affaire Trierweiler : des militants amers et furieux

Venus assister au meeting parisien de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, les sympathisants PS ne cachaient pas leur colère.

Pas un mot sur «l’affaire du tweet». Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, qui tenaient mercredi soir un dernier meeting au Zénith de Paris, avaient passé des consignes strictes à leur staff: pas de médias! Ni avant, ni après. À Nantes et à Lille, lors des deux précédentes réunions publiques, la première secrétaire et le premier ministre s’étaient plantés avec gourmandise devant les caméras pour répéter qu’ils menaient campagne main dans la main. Cette fois, ils ont emprunté une porte dérobée pour entrer et sortir du Zénith, à l’abri des regards.

Sur scène, Ayrault et Aubry sont revenus sur les sujets que le tweet de la première dame a occultés depuis mardi, au grand dam des socialistes: appel à la mobilisation dimanche pour donner une majorité large au «changement» et violente critique de l’UMP qui a perdu «sa boussole» en faisant des appels du pied aux électeurs du Front national, comme Nadine Morano en Meurthe-et-Moselle, ou qui se désiste localement en faveur d’un candidat du FN.

Les militants du PS se faisaient moins prier pour commenter «l’affaire». Avec sévérité. «Je me suis levé à 6 h 30 ce matin, j’ai ouvert le poste, on ne parlait que de cela, râle Michel, 72 ans. Pour moi, Valérie Trierweiler n’est rien du tout. À quel titre intervient-elle, hein? Qu’elle apprenne à se taire. Ou que le président lui apprenne à se taire.»

Certains bottent en touche, agacés: «On va à un meeting, là! Ce n’est pas intéressant de parler d’un tweet!» tranche une militante, cinglante. Deux lycéennes, blousons de cuir noir, sont moins fuyantes. «J’ai peur que ça mette en l’air les législatives, lâche Lætitia, 16 ans, dans un sourire timide. Tout était si bien parti! J’espère que ça sera vite oublié.» Elle hésite. Puis ajoute: «En plus, Trierweiler veut rester journaliste, il faut savoir ce qu’elle veut!»

«Ça ne motive pas beaucoup»

La porte-parole du PS pour les législatives, Charlotte Brun, candidate dans le Val-d’Oise, qui regrette les «effets totalement démobilisateurs» de cette affaire, souhaite revenir à «l’essentiel»: «Les gens ont des difficultés concrètes, ils ne vivent pas sur Twitter! À Sarcelles, on se bat pour que le taux de mobilisation dépasse les 40 %. On a besoin de montrer que les législatives correspondent à ce qu’on a porté pendant la présidentielle.»

«On ne tire pas sur son mari!» se hasarde Michel, 53 ans, militant au Front de gauche. Sa femme Brigitte se tasse sous son béret noir: «Mais ils ne sont pas mariés, Michel… – Enfin, c’est pareil! On ne fait pas des choses comme ça!» tacle-t-il, furieux. Deux dames patientent dans la queue. «On aurait préféré qu’ils règlent ça entre eux, lance Suzanne, 64 ans. Ça ne motive pas beaucoup pour le scrutin.» «Il y a pire, relativise Michèle, 61 ans. S’ils avaient volé de l’argent… Mais c’est vrai, Hollande en a peut-être un peu trop fait pendant sa campagne sur la normalité…» «Bah, c’est un règlement de comptes entre femmes», résume un ami de ces dames.

Pour un député de Paris, cette affaire est avant tout l’expression d’un «mal-être». Celui d’une femme qui «cherche ses marques» et a sans doute «eu le sentiment qu’elle avait perdu en indépendance». «C’est violent d’être reléguée du jour au lendemain au rôle de “femme de”…» Le député prévient, dans un demi-sourire: «Et ce n’est pas en lui disant “tais-toi” qu’on va régler le problème. Moi, je vous le dis, ce n’est pas fini…»

lefigaro.fr

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