Quand le couple fait à la fois peur et envie

Gère-t-on sa vie amoureuse comme sa carrière ? A cette question un brin provocatrice posée par le site de rencontres Meetic, la moitié des Français répondent par l’affirmative et l’autre moitié par la négative. Plus exactement, 47 % des 1 069 personnes interrogées par Opinion Way, le 10 juin, sur Internet, ont répondu «oui», et 52 % «non». «Cet extraordinaire partage des voix me frappe», a commenté le sociologue Jean-Claude Kaufmann, lors de la conférence de presse organisée par Meetic jeudi 14 juin pour présenter les résultats de cette enquête. «Les gens n’arrivent pas à trancher. Si on leur avait proposé les deux à la fois, c’est cette option qu’ils auraient choisie».
M. Kaufmann estime que les gens sont partagés entre l’envie de rencontrer l’âme-sœur et la peur d’y perdre leur personnalité, le rêve de vivre une passion, et la crainte de s’y noyer. «Etre maître de son existence» est devenu l’un des mots d’ordre de la société occidentale, constate-t-il. Or, l’irruption de l’autre va interdire cette maîtrise et bouleverser l’existence. Le rêve un peu trop raisonnable de beaucoup, c’est donc «de rester soi et de rajouter l’autre», explique-t-il, de faire en sorte qu’ «un autre idéal entre dans ma vie sans la déranger».

«ON NE SERA PLUS JAMAIS L’ANCIEN SOI»

La psychanalyste Sophie Cadalen, présente au côté du sociologue, a confirmé que dans son cabinet viennent des gens «qui réclament désespérément l’amour et qui, lorsque celui-ci se présente, sont presque déprimés». «Toute entrée en couple va modifier une personnalité», insiste la sociologue. » On ne sera plus jamais l’ancien soi». On va changer son réseau d’amis, ses habitudes alimentaires, trouver des compromis… En outre, lorsque le couple est installé, il devient «une machinerie à produire du contraste, des rôles complémentaires», dans lesquels chacun va se laisser enfermer, alors que le célibataire gère des contradictions.

Hommes et femmes peuvent donc craindre de vivre moins bien à deux qu’en solo. Certains choix sont «vertigineux», estime Mme Cadalen, coauteure , avec Sophie Guillou, de Tout pour plaire… et toujours célibataire (Éd. Albin Michel, 2009). «Ils peuvent faire peur alors qu’on n’y est pas préparés», a admis M. Kaufmann. «Ils imposent qu’on se lâche, qu’on s’abandonne».

Or, plus les années passent, plus la quête devient difficile : la pression familiale ou sociétale se fait pesante, les enjeux grandissent, surtout lorsque l’horloge biologique des femmes tourne. Ces enjeux peuvent effrayer et interdire de s’engager. «C’est donc souvent par de petites histoires anodines», que commencent les grandes rencontres amoureuses, constate M. Kaufmann qui vient d’écrire un roman sur le sujet, «C’est arrivé comme ça» (Ed. Jean-Claude Lattès, 266 p., 17 euros).

Cette difficulté à rencontrer l’autre est la rançon de la liberté. Sur les sites spécialisés, certains expriment leur ambivalence en recherchant un partenaire idéal, dont ils ont à l’avance décidé de la taille, de la couleur des yeux, des revenus, voire de l’alimentation… Avec cet alter ego fantasmé, «il y a peu de chance que cela marche», estime M. Kaufmann. D’autres, encore, préfèrent s’en tenir aux rencontres virtuelles plutôt que réelles.

lemonde.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, Développement Personnel, Faits Divers. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir