Médecin légiste, ce n’est pas comme au cinéma

Hormis quelques entorses à la réalité, nos légistes s’avouent plutôt fans des fictions les mettant en scène.

Les réalisateurs ont une vision quelque peu déformée de la médecine légale: «Il y a souvent confusion avec le travail de la police scientifique. Ainsi, ce n’est pas notre rôle de relever des empreintes ou de réaliser des analyses toxicologiques, mais celui des techniciens», s’amuse le Dr Sapanet (CHU Poitiers).

Des techniciens qui ne sont pas épargnés par les erreurs de «casting»: «Même si on a pu le voir auparavant, vous ne verrez plus jamais les nôtres en short et jupette, cheveux au vent, tout simplement parce que c’est le meilleur moyen de contaminer la scène de crime avec leur ADN!», s’exclame le Dr Alain Miras (Institut national de police scientifique). De plus, les techniciens avec lesquels collaborent les légistes dans la vraie vie ne sont pas polyvalents comme dans les films. Dans la réalité, celui qui est qualifié pour faire une recherche de toxique ne fait que ça. Même chose pour celui qui fait des recherches d’ADN…

Si les scénaristes en rajoutent parfois, d’autres réalités sont occultées. Par exemple, on voit rarement des légistes travaillant en équipe, dans des services de pointe. C’est pourtant la réalité du terrain, grâce à la réforme de 2011 qui a permis de centraliser toutes les autopsies sur les CHU. «Dans mon service, à Poitiers, je gère une équipe de neuf médecins légistes, remarque le Dr Sapanet. Et nous avons de nombreux correspondants experts dans des domaines clés comme l’accidentologie, les incendies, les explosifs, etc. De fait, il est beaucoup plus facile de discuter d’un cas un peu difficile.»

Autre erreur: «Le médecin légiste est parfois présenté comme effectuant ce travail en plus de son activité. En réalité, les équipes hospitalo-universitaires pratiquent la médecine légale à plein-temps et ont suivi une formation médicale complète jusqu’à l’obtention d’un diplôme de spécialiste dans un domaine particulier (chirurgie, neurologie, radiologie). Leur formation est poursuivie avec un diplôme d’étude spécialisé complémentaire en médecine légale. L’échange au sein d’une équipe issue de spécialités différentes est alors particulièrement riche», insiste le Pr Raul (CHU Strasbourg).

Morts violentes

Si les clichés sur le médecin légiste sont nombreux, ceux concernant les crimes le sont tout autant: «Le fait d’être systématiquement projeté en arrière par l’impact de la balle reçue, c’est une pure invention, sourit le Dr Miras. Tout comme le coup de couteau qui foudroie sa victime: sauf dans certains cas, même en cas de plaie cardiaque, la mort n’est pas immédiate et les victimes arrivent souvent à se déplacer sur plusieurs mètres ou dizaines de mètres avant de s’effondrer.»

Quant aux autopsies pratiquées à des fins cinématographiques, elles font franchement rire nos médecins légistes: «Rechercher des mouches pour dater la mort n’a d’intérêt que si le corps est déjà putréfié et donc le décès ancien. S’il est récent, la rigidité, les lividités et la température rectale (variable en fonction de celle de la pièce et du flux d’air) font de bien meilleurs indicateurs», précise le Pr Raul. Et il n’est pas si évident de la dater à la minute près… sauf si la victime était dans un avion qui s’est écrasé à une heure précise et connue de tous!

Hormis ces quelques entorses à la réalité, nos légistes s’avouent plutôt fans des fictions les mettant en scène: «Elles ont contribué à redorer l’image de notre métier, au point que l’on nous demande d’aller animer des conférences dans les collèges. Il ne faudrait quand même pas oublier que l’on s’occupe souvent de morts violentes et que même si le premier service à rendre à ces victimes est de retrouver leur meurtrier, il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer: un meurtre est et sera toujours sordide», conclut le Dr Miras.

lefigaro.fr

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