Que faire contre la dépendance à l’alcool ?

AVIS D’EXPERTS – Les réponses de Bertrand Nalpas, directeur de recherche Inserm (U1016) et du Pr Oliver Cottencin professeur de psychiatrie CHRU Lille.

L’abstinence totale et définitive est la condition à un possible rétablissement de la personne dépendante de l’alcool, mais elle ne suffit pas si elle ne s’intègre pas dans un nouveau mode de vie acceptable. Le fait que les addictions et en particulier l’alcoolo-dépendance ont des causes multifactorielles conduit à penser qu’il est vain de traiter cette maladie sans l’appréhender dans sa globalité.

En particulier, les re­cherches de ces dernières années ont montré une association complexe entre alcool et troubles psychiatriques. En effet, chez les personnes alcoo­lo-dépendantes, une comor­bi­dité psychiatrique est observée dans 30 à 50 % des cas. À l’inverse, une proportion identique des patients admis en psychiatrie en Europe présente un trouble mental associé à un abus de substance (alcool, sédatifs, cannabis). L’important pour les spécialistes est de pouvoir porter chaque diagnostic, trouble lié à l’alcool et trouble psychiatrique, in­dépendamment l’un de l’autre et d’identifier si le second est, ou non, conséquence du premier.

Les deux troubles sont liés

L’association d’une alcoolo-dé­pendance et d’un trouble psy­chia­trique pénalise le malade à plusieurs titres. D’abord sur le plan pronostic, car les troubles s’entretiennent et s’aggravent mutuellement ; par exemple, l’excès d’alcool conduit à la dépression et celle-ci entraîne une consommation plus forte d’alcool, produit dans lequel le déprimé se réfugie. Ensuite sur le plan thérapeutique car les troubles psychiatriques sont un frein à la prise en charge alcoologique, soit parce que les patients n’identifient pas leur problématique addictive, soit parce que les alcoologues n’ont pas de moyens adaptés pour leur prise en charge ; dans l’autre sens, les ad­­­dictions entravent les soins psychiatriques car elles sont con­sidérées soit comme un obstacle au traitement, soit comme un symptôme du trouble psychiatrique.

Au total, les principales difficultés pour la prise en charge sont de bien comprendre que les deux troubles sont liés et qu’il faut les traiter conjointement en raison du risque d’aggravation mutuelle et aussi d’évolution pour leur propre compte.

Toutes ces questions ont été au centre de la journée-débat entre chercheurs en alcoologie, cliniciens et mouvements d’entraide*, organisée pour la deuxième année consécutive par la Mission association de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Ces journées permettent de confronter les besoins des chercheurs, tout autant que ceux des patients, en matière de recherche et de mieux expliquer les modalités, les contraintes et les limites des protocoles. L’ensemble contribue à promouvoir et dynamiser la thématique de recherche sur les addictions, qui reste encore très modeste en regard de leur impact sur la santé publique.

lefigaro.fr

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