Ayrault se glisse dans les mots d’Hollande

Après son discours de politique générale, le premier ministre a obtenu la confiance de l’Assemblée.

Il a tenu sa promesse. Avant son discours de politique générale, Jean-Marc Ayrault avait assuré qu’il n’y aurait aucune surprise. De fait, il s’en est tenu à reprendre le programme de François Hollande et il a obtenu mardi la confiance de sa majorité: 302 voix pour, 225 contre.

«Nous pourrions utiliser la situation que nous avons trouvée pour justifier des renoncements. Eh bien non! Nous ne renonçons à rien, a lancé le premier ministre. Cette majorité n’a pas été élue pour trouver des excuses mais des solutions.» Solutions égrenées dans un discours de plus d’une heure trente, sur un ton légèrement monocorde et, pour tout dire, assez soporifique. Là aussi, promesse tenue puisqu’il avait annoncé un changement de style et la fin de la politique spectacle. À droite, on a bien essayé de le chahuter mais, ne déviant pas d’un pouce, il a eu raison du brouhaha.

Ce sera donc cela, le hollandisme mis en musique par Jean-Marc Ayrault: un mélange de sérieux poussé à l’extrême, sans fioriture et austère, une volonté affichée de ne pas céder à la pression de l’instant et de l’émotion, un renvoi permanent de toutes les réformes de poids à la concertation sociale préalable.

«Je veux la justice fiscale»

«Il est fini le temps des sommets spectacles. Le temps où la concertation n’était conçue que pour donner l’apparence du dialogue social à la décision d’un seul», a promis Jean-Marc Ayrault. C’est ainsi qu’il veut trancher avec le style Sarkozy. «Durant le quinquennat précédent, les Français ont eu l’impression d’être dans le tambour d’une machine à laver. Ce n’est pas le rythme de Jean-Marc Ayrault», confiait un proche du premier ministre avant son discours.

C’est aussi une façon d’incarner la rigueur. «Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaire. Je veux la justice fiscale. J’appelle à l’effort national. Mais je refuse l’austérité», a-t-il lancé en niant un quelconque  «tournant de la rigueur». Le premier ministre ne veut pas démobiliser les électeurs de gauche alors qu’il s’apprête à engager des réformes plus douloureuses que prévu, comme l’a mis en lumière le rapport de la Cour des comptes , avec notamment le chiffre faramineux de 33 milliards d’euros à économiser en 2013. Ayrault l’a toutefois assuré à la tribune: «La Cour des comptes a confirmé ce que nous pressentions, la situation est sérieuse. Elle n’est pas une surprise.»

«Mobilisez-vous!»

Ce qui l’est encore moins, ce sont les hausses d’impôts. François Hollande les avait annoncées pendant la campagne, Jean-Marc Ayrault les a confirmées à la tribune de l’Assemblée, s’attirant par là même une standing ovation de sa majorité, en réaction aux huées de l’opposition de droite. Selon le premier ministre, «la volonté de ce gouvernement, c’est de solliciter d’abord ceux qui jusqu’ici ont été exonérés de l’effort collectif». Les riches donc mais pas les classes moyennes ni les classes populaires: Jean-Marc Ayrault a annoncé qu’il abrogeait le projet de TVA sociale qui devait entrer en vigueur à l’automne si Nicolas Sarkozy avait remporté la présidentielle.

Le premier ministre s’est toutefois défendu de toute stigmatisation des plus aisés. «Je ne suis pas l’ennemi de l’argent», a-t-il lancé en exhortant les plus fortunés à se montrer «patriotes». «Vous qui produisez, vous qui disposez de la capacité de décider, vous qui dirigez, mobilisez-vous sans attendre!» L’appel fait penser à la formule utilisée en son temps par Dominique de Villepin sur le «patriotisme économique». D’ailleurs, en fin de discours, Jean-Marc Ayrault reprendra d’autres mots de l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, ceux du discours de l’ONU, pour parler de la France, «un vieux pays, d’un vieux continent» mais aussi «un pays neuf, moderne, à la créativité intacte».

«En deux temps»

Pour le redresser «dans la justice», le premier ministre avait auparavant énuméré, sans les détailler, les principales réformes qu’il comptait conduire: créations de postes dans l’éducation nationale, droit de vote des étrangers aux élections locales, mariage homosexuel, logement, transition énergétique et aussi bon nombre d’abrogations de lois votées sous Sarkozy.

Ayrault a aussi rappelé que le quinquennat se déroulerait en «deux temps» : d’abord le redressement, ensuite la redistribution. Le premier ministre l’a assuré: «Il faut prendre le temps de réussir les grandes réformes de structure pour que vienne ensuite celui d’en tirer les bénéfices collectifs.» S’il vient.

lefigaro.fr

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