Bettencourt : perquisitions chez Nicolas Sarkozy

La justice s’interroge sur un éventuel financement politique occulte. Rien n’a été saisi dans l’ex-cabinet d’avocats de Nicolas Sarkozy, indique mercredi selon son actuel responsable.

Les nouveaux bureaux de Nicolas Sarkozy, son ancien cabinet d’avocats ainsi que son domicile, ont été perquisitionnés, mardi, dans le cadre de l’affaire Bettencourt. Une dizaine de policiers de la brigade financière se sont rendus sur place avec le juge d’instruction bordelais Jean-Michel Gentil, en l’absence de l’ancien président.Mercredi, le responsable de l’ancien cabinet, Me Arnaud Claude, a affirmé que rien n’avait été saisi par les enquêteurs. «Il n’y a eu aucune investigation, aucune fouille ni aucune saisie. C’était une simple visite qui a duré une dizaine de minutes et qui s’est déroulée en présence du délégué du bâtonnier», a déclaré l’avocat. Une source proche du dossier a également affirmé mardi que rien n’avait été saisi lors de deux autres perquisitions, dans un appartement appartenant à Carla Bruni-Sarkozy dans le XVIe arrondissement et dans les bureaux mis à disposition de l’ex-chef de l’Etat, rue de Miromesnil (VIIIe arrondissement de Paris).

Nicolas Sarkozy est parti en famille lundi au Canada, où il doit résider une dizaine de jours chez Paul Desmarais, un ami homme d’affaires. Spectaculaire, cet acte d’enquête fait suite à la levée de l’immunité de l’ancien président de la République en date du 16 juin dernier. La justice s’interroge sur un éventuel financement politique occulte pour la campagne présidentielle de 2007.

Versements secrets

La guerre familiale entre l’héritière de L’Oréal et sa fille a en effet pris un tournant politique lorsque Claire Thibout, ex-comptable des Bettencourt, a déclaré, en juillet 2010, avoir été sollicitée par Patrice de Maistre, l’ancien gestionnaire de fortune de la famille, pour débloquer des fonds en liquide qu’elle pense destinés à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, procède à des vérifications, notamment en Suisse, mais le témoignage de la comptable semble alors isolé. En septembre dernier, après que l’affaire a été dépaysée à Bordeaux, Claire Thibout réitère ses déclarations. Selon elle, Éric Woerth, alors trésorier de la campagne du candidat Sarkozy, aurait reçu d’importants fonds des mains de Patrice de Maistre, trois mois avant le premier tour de l’élection. Elle appuie notamment ses affirmations sur l’organisation d’un petit déjeuner entre les deux hommes au lendemain de mouvements financiers. Dans une ordonnance datant du 22 mars dernier, le juge Gentil s’interrogeait sur la possibilité de versements secrets du couple Bettencourt à Nicolas Sarkozy pour plusieurs centaines de milliers d’euros.

Face à des témoignages mentionnant trois visites possibles de l’ancien chef de l’État au domicile des milliardaires, Nicolas Sarkozy a répliqué, dès la levée de son immunité, en envoyant le détail de ses agendas au juge. Dans un long courrier, son avocat, Thierry Herzog, a longuement détaillé l’emploi du temps de son client de façon à démontrer que des visites secrètes de l’ancien ministre de l’Intérieur dans l’hôtel particulier de Neuilly auraient été impossibles. Il n’admet qu’une seule rencontre, officielle celle-là, prévue sur l’agenda manuscrit tenu par son assistante. Il s’agit d’un déplacement chez les Bettencourt, le 24 février 2007 à midi et «pendant environ vingt à vingt-cinq minutes», pour un entretien avec Max Gallo, à la suite du succès de son dernier livre.

«Ces perquisitions, alors qu’avaient été envoyés à ce magistrat, depuis quinze jours, tous les éléments nécessaires, se révéleront être ce qu’on peut en attendre, des actes inutiles», a réagi Thierry Herzog, soulignant avoir envoyé le 15 juin «les extraits certifiés conformes» des carnets de 2007. Mais le juge choisira à l’avenir s’il veut entendre l’ancien président.

Les magistrats bordelais s’intéressent également dans ce volet de l’instruction à la remise de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre par Eric Woerth puis à l’embauche de l’épouse de celui-ci au sein du holding des Bettencourt.

Laurence De Charette (Le Figaro)

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