Le terrifiant état des lieux de la torture en Syrie

Deux cents anciens détenus ont raconté à l’ONG Human Rights Watch les sévices qui leur ont été infligés.

«Brûlures à l’acide», «recours à l’électricité», «arrachage des ongles»: le rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW), publié mardi, dresse un terrifiant état de la torture pratiquée, depuis quinze mois, par les services de renseignements syriens contre les opposants au régime de Bachar el-Assad. La moukhabarat (police secrète) «dirige un archipel de la torture» pratiquée dans 27 centres disséminés à travers le pays.

HRW a interrogé plus de 200 anciens détenus et recensé plus de 20 méthodes de torture différentes. «Ils m’ont obligé à me déshabiller, raconte un homme de 31 ans emprisonné en juin dans la prison centrale de la province rebelle d’Idlib. Puis, ils m’ont écrasé les doigts avec une pince. Ils ont planté des agrafes dans mes doigts, ma poitrine et mes oreilles. Je n’avais le droit de les enlever que pour parler. Les agrafes dans les oreilles, c’était le plus douloureux. Ils ont utilisé deux câbles reliés à une batterie de voiture pour m’infliger des chocs électriques. Et à deux reprises, ils se sont servis d’un pistolet à impulsions électriques sur mes organes génitaux».

Quatre services de renseignements sont particulièrement impliqués dans les sévices, chacun disposant de nombreuses antennes à travers le pays, dotées d’une prison secrète où s’entassent au total des dizaines de milliers de personnes. HRW publie la liste des responsables de ces unités de la torture, qui pourraient un jour avoir à répondre de leurs actes devant la justice internationale.

Ces révélations interviennent alors que les défections se poursuivent: un général, un colonel, un lieutenant-colonel et 18 autres officiers sont passés lundi en Turquie. Ils sont rentrés au sein d’un groupe comprenant au total 293 personnes, dont 85 militaires. Mais ces défections, même de plus en plus nombreuses, n’ébranlent pas encore le régime, s’accordent à reconnaître la plupart des experts. Bachar el-Assad, de son côté, a profité d’un entretien avec une télévision turque pour regretter qu’un avion turc ait été abattu par la défense antiaérienne de son pays. «J’aurais préféré que ce soit un avion israélien», a dit le président syrien, qui assure ne pas vouloir envenimer les relations avec son voisin.

Le général Mood prêt à renoncer

Alors que ses opposants tentent péniblement de s’unir au Caire, sur le front diplomatique, la mission des observateurs de l’ONU semble avoir du plomb dans l’aile, après le fiasco de la rencontre de Genève le week-end dernier. Selon un proche du médiateur international Kofi Annan, son chef, le général norvégien Robert Mood, devrait quitter son poste le 20 juillet à l’expiration de la mission, et Annan lui-même serait tenté d’en faire autant. «Il est déçu par l’absence de volonté américano-russe de soutenir sa mission. Il ne veut pas rester comme un simple témoin des massacres qui vont continuer», prévient son collaborateur.

La Russie, principal soutien du régime syrien sur la scène internationale, a annoncé à la France qu’elle ne participerait pas à la conférence des Amis du peuple syrien prévue vendredi à Paris. «La Russie a été invitée, elle a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas y participer, ce qui n’est pas une surprise», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à l’issue d’un entretien avec son homologue allemand, Guido Westerwelle.

Georges Malbrunot (Le Figaro)

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