La Libye a voté, en dépit des menaces

À Benghazi, ce vote historique – le premier scrutin libre depuis 42 ans – a été perturbé dans une dizaine de centres électoraux sur 174.

Benghazi, sur laquelle planaient nombre de menaces, a voté. Peu nombreux mais déterminés et armés, les «fédéralistes» ont bien cherché à s’opposer au bon déroulement de ces élections législatives libyennes, qui, selon eux, ne feront que renforcer l’ancienne suprématie de Tripoli sur leur région, la Cyrénaïque.

Les différentes forces armées censées assurer la sécurité, si elles ne leur ont pas opposé une réponse vraiment cohérente et efficace, ont au moins évité un bain de sang. Dans moins d’une dizaine de centres électoraux, sur les 174 que compte l’agglomération, le vote a été perturbé. Dans l’attente d’un décompte plus précis, le nombre de ces incidents ne semblait pas conduire samedi en début de soirée les autorités locales à envisager une invalidation du scrutin.

Samedi dès 8 heures, à l’ouverture des bureaux de vote, la population de Benghazi, malgré les menaces des «fédéralistes», a convergé vers les différentes écoles de la ville, afin de participer aux premières élections libres de Libye. Le dernier scrutin s’est tenu en 1964, du temps du roi Idriss. Après les 42 années de la dictature de Mouammar Kadhafi, électeurs et électrices affichaient leur fierté et leur joie, en des termes similaires: «Aujourd’hui, c’est la fête de la Libye», «pendant si longtemps nous avons attendu ce jour», «c’est un rêve qui se réalise», disaient les uns; «oui, c’est l’aboutissement de notre Révolution», «c’est la première fois que je suis aussi heureux», «nous allons bâtir petit à petit une nouvelle Libye, une grande démocratie», disaient les autres.

Une poignée de jusqu’au-boutistes

On arrivait souvent en famille au centre électoral, avant de se séparer au moment du vote, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. L’organisation des opérations électorales semblait sans faille. Listes et cartes de votants, urnes cachetées, isoloirs en carton, bulletins de vote, scrutateurs de la commission électorale et des principaux partis en grand nombre… Rien n’avait été laissé au hasard. Dans la rue, nombre d’hommes faisaient le V de la victoire avec le bout de l’index violet prouvant qu’ils avaient effectué leur devoir civique. En fin d’après-midi, des files ininterrompues de voitures ont commencé à klaxonner, couvrant les lancinants «Allah est grand» lancés du haut des minarets de la ville depuis les premières heures du jour.

Cherchant à contrecarrer ce mouvement populaire, l’intention de quelques petits groupes de «fédéralistes» était de saccager le maximum de bureaux de vote. L’école al-Ouila al-Rezra, en plein centre-ville de Benghazi, a été la première attaquée. Il était 10 heures du matin. Dans cette petite troupe d’excités, que seule unissent la haine de Tripoli et celle des autorités intérimaires libyennes, plusieurs combattants portaient des armes. Une voiture devant ce centre électoral a fait les frais d’une rafale de fusil-mitrailleur. Les «fédéralistes» sont entrés en force dans l’école, brisant les vitres, renversant les tables de vote, les isoloirs, emportant ou déchirant les bulletins. Ils sont repartis avec quelques urnes. L’opération s’est reproduite dans d’autres bureaux de vote.

Depuis plusieurs semaines, les autorités dépendant du ministère de l’Intérieur et de la Défense peinent à contenir cette poignée de jusqu’au-boutistes, soutenus par les combattants armés du Conseil militaire de Barga (le nom arabe de la Cyrénaïque). Dimanche 1er juillet, aucune force sécuritaire loyaliste n’est venue s’opposer au pillage du comité électoral supervisant toutes les opérations de vote sur Benghazi. Et la veille du scrutin, un hélicoptère transportant du matériel électoral a essuyé des tirs, qui ont causé la mort d’un membre de l’équipage.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, International, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir