Les athlètes n’ont pas de raison de se priver de sexe

Les Grecs de l’Antiquité interdisaient toute relation sexuelle à leurs champions avant une compétition, mais la science moderne n’a pas confirmé d’effet délétère sur les performances sportives.

Le débat revient avant chaque grande compétition internationale, et chaque athlète a son avis sur la question. Faut-il s’empêcher de faire l’amour avant une épreuve sportive? Le boxeur Mohammed Ali était partisan d’une abstinence de 6 semaines avant un match important. Le coach de l’équipe britannique de football avait interdit toute partie de jambes en l’air à ses joueurs pendant le mondial 1998 – soit un mois. Le tennisman français Fabrice Santoro a pour sa part changé d’avis avec l’expérience. «À dix-huit ou vingt ans, je m’interdisais tout rapport sexuel avant une rencontre, par peur de perdre toute mon énergie. Au fil de ma carrière, je me suis de plus en plus autorisé à faire l’amour les veilles de match. J’ai réalisé que non seulement ça ne me pénalisait pas, mais que ça me donnait la pêche».

Force est de dire que sur le sujet, la science n’a pas tranché. Un article paru dans le Clinical Journal of Sport Medicine fait état de trois études seulement sur l’impact physiologique de l’abstinence dont aucune n’a démontré qu’avoir des relations sexuelles la nuit précédant un test d’effort diminuait la force physique, la puissance, l’endurance, l’équilibre, la capacité respiratoire, le pouls ou la pression artérielle.

Pas d’effet sur la testostérone

Mais les aptitudes physiques, quoiqu’importantes, ne sont pas le seul paramètre à prendre en compte pour évaluer les chances de réussite. Les dispositions psychiques des athlètes sont également déterminantes. Une croyance ancienne remontant aux Grecs de l’Antiquité, qui perdure jusqu’à aujourd’hui, associe la frustration sexuelle à une plus grande agressivité. «Aucune étude ne s’est penchée sur la question», rappelle Ian Shrier, professeur de médecine à l’Université McGill à Montréal (Canada), coauteur de l’article publié dans le Clinical Journal of Sport Medicine.

De même, la croyance selon laquelle l’abstinence augmenterait le taux de testostérone, hormone de l’agressivité, est complètement erronée. «L’acte sexuel, quelle que soit sa fréquence, n’a aucun impact sur la production de testostérone chez l’homme», explique le Pr Philippe Bouchard, endocrinologue à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. «En revanche, une étude a montré que le niveau de testostérone tend à évoluer à l’inverse de celui de la cortisol, l’hormone du stress. Il semble donc que tout moyen pour se relaxer soit favorable pour cultiver une «bonne» agressivité».

Trouver son rythme

Des adeptes du bon sens soulignent également que l’impact du sexe sur la forme physique dépend surtout de comment on le pratique, avec qui, à quelle fréquence et pendant combien de temps. «Si c’est une nuit de folie, alors il est à parier que le sportif n’aura pas dormi suffisamment et qu’il aura du mal à se concentrer le lendemain», explique Martin Milton, expert en psychothérapie et conseiller en psychologie à l’université du Surrey. En revanche, une relation sexuelle avec son partenaire régulier ne demande pas d’effort intense: l’énergie dépensée est de l’ordre de 25 à 50 calories, soit la même chose que lorsqu’on monte deux volées de marches.

Un adage à méditer après les récentes révélations sur les secrets d’alcôves des JO dans le livre The secret Olympian. Contrairement à la croyance populaire, les soirées olé-olé et les aventures seraient très fréquentes sur le village olympique – un constat renforcé par le nombre faramineux de préservatifs distribués par les autorités: 150.000 prévus à Londres, et jusqu’à 220.000 aux JO de Salt Lake City en 2002.

Au final, l’attitude la plus saine semble être celle prônée par Ian Shrier. «Pour certains athlètes stressés, le sexe peut avoir des vertus relaxantes. Pour d’autres, leur principal besoin est de récupérer la veille de l’épreuve avec une bonne nuit de sommeil. L’idéal, c’est de trouver ce qui fait du bien et de s’y tenir.»

lefigaro.fr

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