Maladies génétiques : le risque augmente avec l’âge du père

Une paternité tardive favorise l’apparition d’affections graves, comme l’autisme.

Pendant des décennies, les femmes ont été mises en garde, à juste titre, contre les naissances à un âge avancé, responsables d’un risque accru de trisomie 21, ou mongolisme. À l’inverse, les hommes devenus pères sur le tard se sont toujours sentis libres de toute contrainte. Un quinquagénaire qui goûte aux joies de la paternité suscite souvent l’admiration tandis qu’une femme du même âge qui enfante grâce aux techniques de procréation médicalement assistée est en général victime de réprobation.

En réalité, s’il ne faut bien sûr stigmatiser personne, il semble que la tolérance vis-à-vis des pères âgés ne soit pas totalement fondée. Tout récemment, plusieurs recherches publiées dans la presse scientifique internationale ont mis en évidence l’impact négatif de l’âge du géniteur sur sa descendance. Un âge tardif paternel augmente le risque de plusieurs maladies génétiques, au demeurant rares, et non pas d’une seule, comme c’est le cas pour les femmes. C’est cette pluralité qui explique sans doute pourquoi, il a fallu beaucoup plus de temps pour évaluer le rôle de l’âge du père sur la santé de ses enfants.

«Lors d’un colloque sur les maladies génétiques au mois de juin à Nuremberg (Allemagne), plusieurs communications ont porté sur ces questions qui n’avaient été que peu abordées jusqu’à présent, explique le Pr Stanislas Lyonnet, chef du service de génétique à l’hôpital Necker à Paris. Il existe effectivement une augmentation statistique de l’âge paternel dans plusieurs maladies génétiques, comme la neurofibromatose ou l’achondroplasie (une forme de nanisme). De nouvelles études sur l’autisme ont aussi permis de mieux appréhender l’impact de l’âge du père. Le risque augmente de manière linéaire avec l’âge. Surtout, les chercheurs commencent à comprendre sur le plan biologique pourquoi les pères vieillissants ont une plus forte probabilité d’engendrer un enfant souffrant d’une atteinte génétique.

L’autisme, une maladie caractérisée par de graves troubles du comportement qui apparaissent rapidement dans les deux premières années de la vie, est en fait une maladie d’ordre génétique. Une série d’études publiées le 5 avril 2012 sous l’égide de l’Institut national de la santé américain dans la revue Nature a permis de mieux comprendre son origine. En réalité, des petites mutations de novo, c’est-à-dire apparues au moment de la conception mais dont les parents ne sont pas eux-mêmes porteurs, ont été mises en évidence chez certains enfants autistes. Mais ces travaux révèlent également que les pères transmettent quatre fois plus souvent que les mères ces mutations spontanées à leurs enfants. De surcroît le risque pour un père d’induire ce type de mutation augmente avec son âge. Les pères de garçons autistes sont six fois plus souvent dans leur quarantième année que dans leur vingtième. Et pour les filles autistes, ils sont dix-sept fois plus souvent âgés de plus de quarante ans.

«On a pu séquencer et comparer les gènes du père, de la mère et enfin ceux de l’enfant. Cela a permis d’observer que les gènes de ce dernier ne sont pas seulement ceux de ses parents. Entre 70 et 80 mutations nouvelles apparaissent chez l’enfant qui ne sont présentes chez aucun des deux géniteurs. Cela peut expliquer l’apparition de novo de certaines maladies génétiques, et en particulier de l’autisme et de la schizophrénie, ajoute le professeur Lyonnet. Or, dans quatre cas sur cinq, ces mutations nouvelles portent sur l’ADN d’origine paternelle.»

En cause: la spermatogénèse

Pour les chercheurs, le fait que le père soit responsable d’une grande partie des mutations génétiques est lié aux caractéristiques propres à la spermatogénèse. La petite fille naît avec un stock limité d’ovocytes: les cellules donnant lieu à un «œuf», ou ovule, ne vont plus se diviser, mais subir une maturation lors de chaque cycle menstruel après la puberté. Chez l’homme en revanche, la spermatogénèse est un phénomène différent: à partir des cellules souches, les spermatogonies, de nouveaux spermatozoïdes sont produits par divisions successives. Et au bout de dizaines de divisions cellulaires, ils ont accumulé un certain nombre de mutations. La majorité de ces mutations ne posent aucun problème. Mais un petit nombre d’entre elles peuvent être à l’origine de différentes pathologies et contribuer, en particulier, à l’autisme. Ainsi, le risque génétique accru pour les enfants de père âgé serait la conséquence de ces divisions multiples des spermatogonies au cours de l’existence, de plus en plus importantes, au fur et à mesure du vieillissement. «Souvent la mère est montrée du doigt dans les couples ayant un enfant souffrant d’une pathologie d’ordre génétique, note le Pr Lyonnet. Ce n’est pas juste. Aujourd’hui, il existe suffisamment de données pour dire aux hommes que passé un certain âge, il n’est pas très raisonnable d’avoir des enfants, car le risque génétique est tout aussi accru pour eux.»

Martine Perez (Le Figaro)

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