Syrie : la droite met la pression sur François Hollande

Après Copé, Fillon et Villepin demandent au chef de l’État de reprendre la main sur le dossier syrien.

Curieux anniversaire que celui qu’a connu, dimanche, le président de la République. Alors qu’il soufflait ses 58 bougies, François Hollande a vu monter la pression sur lui. Emboîtant le pas à Nicolas Sarkozy, l’UMP a enfin trouvé l’angle d’attaque qui lui faisait défaut jusque-là: la crise en Syrie et l’«inertie» du président. Elle ne compte pas lâcher la proie.

Après le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, qui invitait vendredi François Hollande à «interrompre» ses vacances, plusieurs poids lourds de l’opposition ont pris le relais au cours du week-end. Dominique de Villepin, ancien premier ministre, a ainsi estimé, dimanche sur Europe 1, que la France est «sans doute un peu trop sur le reculoir». «Nous devons être en pointe, c’est-à-dire mobiliser à tous les échelons», a souligné l’homme du non à la guerre en Irak, ajoutant que si l’intervention militaire n’est pas envisageable «aujourd’hui», l’option «doit rester ouverte».

Sans aller jusqu’à taxer Hollande d’inertie, Villepin reste sur sa faim quant à l’ampleur des efforts déployés par Paris pour faire bouger les lignes aux Nations unies. «Nous ne devons pas laisser en paix la diplomatie de la Chine et la Russie.» Samedi déjà, dans une tribune du Figaro, Villepin avait fait état de ses doutes: «Attendre et expliquer que l’on ne peut rien faire n’est pas une politique.» Surtout, l’ex-premier ministre de Jacques Chirac semblait appuyer la démarche de Nicolas Sarkozy qui, depuis le Cap Nègre, a fait intrusion dans le dossier syrien en début de semaine dernière. Certes, Villepin estime que Sarkozy «trépigne». Mais il affirme que «la polémique, une fois n’est pas coutume, peut être fertile». Se voulant malgré tout constructif, Villepin demande à Hollande de réunir un Conseil restreint, éventuellement à la préfecture du Var, à Toulon, «pour fixer une ligne claire». Pour dégager «un consensus», il lui suggère aussi de consulter «un conseil des sages» réunissant les anciens présidents et premiers ministres, voire certains ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Il invite aussi Jean-Marc Ayrault à réunir les leaders de l’opposition «pour rassembler tout le monde».

«Une polémique de bas étage»

À son tour, François Fillon hausse le ton. Aujourd’hui, lundi, dans une tribune au Figaro, l’ex-premier ministre de Sarkozy, candidat déclaré à la présidence de l’UMP, invite Hollande à prendre «des risques», à «abandonne(r) ses postures bourgeoises et atlantistes version guerre froide» et «à parler à la Russie». «Si j’étais François Hollande, écrit François Fillon, je prendrais l’avion maintenant pour Moscou, si possible avec Angela Merkel, et je chercherais à offrir à la Russie de véritables garanties sur sa sécurité et sur une relation de confiance avec l’Otan.» Puis Fillon ajoute: «L’ours russe n’est dangereux que quand il a peur.»

À gauche aussi, les voix s’élèvent. Dans le JDD, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, reproche à la droite d’entretenir une«polémique de bas étage»,mais il souhaite que la France reprenne«l’initiative politique et diplomatique».

Samedi, Hollande avait interrompu ses vacances pour se rendre à Varces (Isère), où il a rendu hommage au 88e soldat français mort en Afghanistan. Sur place, le président a tenté de faire taire la polémique. Répliquant à Sarkozy, il a souligné que la France est engagée dans la «recherche obstinée d’une solution politique en Syrie» et rappelé que les forces françaises agissent «à chaque fois sous le mandat des Nations unies». Soucieux de montrer que la France remplit aussi son «devoir humanitaire», il a fait état du groupement médico-chirurgical déployé en fin de semaine dernière dans le nord de la Jordanie.

Dimanche, l’entourage de Hollande semblait surpris par l’ampleur de la polémique. «Je ne crois pas que M. Poutine changera d’avis au seul motif que l’on prendrait un avion pour venir le voir», confiait un conseiller élyséen. Lequel ajoutait: «Quel que soit le lieu, quel que soit le moment, la Syrie est omniprésente» dans les préoccupations du chef de l’État. Pour le moment, Hollande n’a pas réussi à éteindre l’incendie. Il devrait être de retour en fin de semaine à Paris pour préparer la rentrée, qui s’annonce dense et chaude.

La sécurité, priorité affichée du président

Samedi, après avoir rendu hommage au 88e soldat français mort en Afghanistan à Varces, en Isère, François Hollande a fait un crochet impromptu par le CHU de Grenoble pour se rendre au chevet des victimes d’un braquage ultraviolent. Quittant l’hôpital, il a annoncé que Grenoble pourrait rejoindre la liste des zones prioritaires de sécurité, en soulignant «l’action résolue» du gouvernement contre les trafics d’armes en France.

Mardi, le chef de l’État interrompra de nouveau ses vacances au fort de Brégançon, le temps d’une visite à la brigade de gendarmerie de Pierrefeu-du-Var. Le 17 juin, une intervention qui s’annonçait banale avait viré au drame. Deux femmes gendarmes de la brigade avaient été abattues par un homme. Le président «fera une déclaration à la presse», a déjà prévenu l’Élysée.

François Hollande sera accompagné de Manuel Valls. Le ministre de l’Intérieur est de plus en plus critiqué dans la majorité pour sa politique de démantèlement des camps de Roms. Dans une interview au Journal du dimanche, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a estimé que «ces expulsions ne peuvent pas se mener, comme sous Sarkozy, sans véritable solution alternative». Le Parti de gauche et les écologistes sont sur la même ligne. La présence annoncée de Manuel Valls aux côtés de François Hollande, mardi, est une réponse à ces mises en cause.

lefigaro.fr

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