Le cerveau des femmes plus sensible à la migraine

L’imagerie médicale montre pour la première fois que la perception du mal est différente chez les deux sexes.

Les femmes ont plus souvent des migraines que les hommes et elles en souffrent davantage. Un mystère souvent mis sur le compte des hormones féminines, d’autant qu’il existe des crises déclenchées par les variations du cycle menstruel. Pourtant, des chercheurs américains viennent de trouver une autre explication à cette inégalité des sexes devant la maladie: et si les femmes étaient plus à l’écoute de leurs sensations que les hommes?

C’est la première fois que l’on mesure, grâce aux techniques modernes d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, des différences de structures, mais aussi de fonctionnement du cerveau des femmes migraineux par rapport à celui des hommes et des femmes non migraineuses. De façon imagée, si le cerveau était une maison, cela signifierait que non seulement l’architecture est différente mais que, de plus, l’installation électrique l’est aussi.

Car d’un point de vue neurobiolo­gique, les femmes migraineuses vivent différemment les informations douloureuses reçues par leur cerveau. «Le circuit des émotions déplaisantes liées à la douleur est plus intensément impliqué chez les femmes que chez les hommes», résument le Pr Nasim Maleki et ses collègues de Harvard, auteurs de l’étude publiée dans le numéro d’août de la revue internationale Brain.

Plus curieux encore, le circuit de récompense du cerveau des hommes migraineux est stimulé en cas de douleur alors qu’il reste muet chez les femmes. «Nous n’avons pas encore d’explication à cela», reconnaît la chercheuse.

Une maladie banale

Pour une même douleur, les hommes migraineux sont donc moins gênés que les femmes. Dès lors, peut-on parler d’une sensibilité générale plus grande à toutes les douleurs chez les femmes souffrant de migraines? «On peut le supposer car, chez elles, le système de gestion des émotions est plus réactif», explique au ­Figaro le Pr Maleki.

La migraine est une maladie banale, très répandue puisqu’elle touche régulièrement environ 5 millions de femmes et 3 millions d’hommes en France. La douleur est très caractéristique, ne touchant que la moitié de la tête. Elle s’intensifie lorsque l’on fait des efforts et donne l’impression de suivre le rythme des battements cardiaques (douleur pulsative). Elle s’accompagne généralement de sensations de nausées ou de vomissements, ainsi que d’une difficulté à supporter les bruits ou la lumière. L’évolution se fait par crises (de quelques heures à plusieurs jours) avec des périodes de rémission entre deux ­crises.

Au niveau du cerveau, une crise est déclenchée par l’activation anormale d’un nerf, le trijumeau, qui, en libérant des neuropeptides autour des vaisseaux, provoque cette douleur typique. Certains migraineux sont d’ailleurs capables de repérer ce qui, dans leur cas, déclenche cette activation: un aliment, une boisson, le stress, le manque de sommeil…

La découverte de l’équipe de ­Harvard n’est pas centrée sur le point de départ de la crise ni sur l’apparition de la douleur, mais sur la façon dont l’information douloureuse est traitée par le cerveau. «Étant donné la façon dont la migraine se manifeste chez les hommes et chez les femmes, et son évolution entre l’enfance et l’âge adulte, je pense qu’il s’agit d’une maladie différente et qui n’implique pas les mêmes circuits cérébraux selon le sexe», estime le Pr Maleki.

Les médecins avaient déjà l’habitude de faire du «sur-mesure» pour traiter la migraine, ils pourraient bientôt adopter des stratégies différentes pour les hommes et pour les femmes.

lefigaro.fr

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