L’exécutif au défi du «Hollande bashing»

Le président et son premier ministre font face à une multiplication des critiques.

Les unes des magazines, très critiques sur le couple exécutif, se suivent et… se ressemblent, sur fond de mauvais sondages. Pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le temps du «bashing» (du mot anglais bash, «frapper» ; soit dénigrement, en français) est arrivé. Avec le Fouquet’s, son escapade sur le yacht de Bolloré, et le «paquet fiscal» de la loi Tepa, Nicolas Sarkozy – qui se plaignait régulièrement du traitement médiatique dont il faisait l’objet – s’était vu affubler par la gauche de l’étiquette de «président des riches». Étiquette dont il n’a jamais vraiment pu se défaire. Pour François Hollande, qui avait capitalisé pendant sa campagne sur la «normalité» et l’anti-sarkozysme, il s’agit d’éviter, à son tour, de laisser se façonner, puis infuser, une image qui pourrait ensuite ne plus le quitter. «Pour l’opinion qui était habituée à l’activisme, même désordonné, de Sarkozy, Hollande et Ayrault donnent le sentiment d’être velléitaires, impuissants, voire même un peu distraits», analyse Jérôme Sainte-Marie, de l’institut CSA.

À l’Élysée et Matignon, on fait le dos rond. Les conseillers du président font valoir qu’il ne faut pas confondre «l’impatience des Français», et le «Hollande bashing» des médias. «On voit bien qu’entrent en jeu des considérations d’ordre commercial (faire vendre, NDLR), note un conseiller du président. Ça remet chacun en face de ses responsabilités. Ce n’est pas un problème en soi. La presse est libre de faire son travail.»

«Le temps médiatique n’est pas le temps politique»

Dans l’entourage du président, on regrette toutefois «les attaques qui touchent aux personnes» et notamment le choix des photos «les plus ridicules, les plus laides». Et le même de philosopher: «Spinoza disait: “La punition de l’ignorance, c’est l’ignorance.” On pourrait ajouter: la punition de la vulgarité, c’est la vulgarité.» Même défense à Matignon: «Il y a de la surenchère pour faire vendre! Le temps médiatique n’est pas le temps politique.»

Mais, dans les coulisses du gouvernement, beaucoup se disent «effarés» par la violence de la charge. «Je n’ai qu’un mot à l’esprit: “injuste”», lance un conseiller. Un autre décrypte: «Il y a deux écoles: les plus jeunes, qui disent: “C’est terrible, cette presse! Elle brûle ce qu’elle a adoré… ” Et puis, il y a les plus vieux qui disent: “Il ne faut pas être naïf, la presse n’est pas une amie.”. Au fond, c’est comme si dix ans d’opposition nous avaient fait oublier ce qu’était gouverner. On n’a jamais vu un gouvernement populaire dans une période d’angoisse!»

Au sommet de l’État, d’autres analysent ce phénomène de «bashing» par un «effet de manque», lié à la «volonté de Hollande de désintoxiquer le pays de l’omniprésence, l’omnipotence du politique». «Le pays était drogué, on veut le débarrasser de cette drogue», note un conseiller, pour qui se mêle à cela une forme de «sarkotalgie». «Sous l’ère Sarkozy, les observateurs s’étaient habitués à un rythme effréné, note la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. C’était un fait divers, une loi – qui était inappliquée. Ils sont déconcertés par le nouveau style imprimé par François Hollande ; un rythme plus rationnel, plus construit. Ils utilisent des réflexes anciens pour juger un gouvernement nouveau.»

«Ni marchand de sable ni va-t-en-guerre»

Mezza voce, plusieurs sources gouvernementales reconnaissent des erreurs. «On a commis des maladresses, regrette un conseiller. Certaines s’expliquent par le fait que seuls trois ou quatre ministres ont déjà fait partie d’un gouvernement par le passé. Il faut prendre ses marques. Sur le fond, on fait le boulot. Ça finira par être reconnu…» Un élu socialiste ajoute: «En juillet, les Français étaient prêts à entendre Hollande s’il avait promis du sang et des larmes. Au lieu de ça, ils ont eu: “Ce n’est plus Sarkozy, c’est moi!” Hollande et Ayrault se sont plantés. Ils ont été en décalage: ils étaient en phase avec les interrogations de l’opinion sur le style Sarkozy mais ils n’étaient pas en phase avec les vrais problèmes des Français.»

Dimanche soir sur TF1, Hollande va tenter de reprendre la main et de répondre aux inquiétudes. «Il ne sera ni marchand de sable ni va-t-en-guerre», promet un conseiller. En janvier dernier, en Guyane, Nicolas Sarkozy, qui connaît la presse mieux que quiconque, s’était moqué de Hollande, devant des journalistes: «Vous vous rendez compte: un type normal! Les premiers papiers dans la presse, ça va être: ah, un type normal, ça fait du bien! Les deuxièmes papiers décortiqueront les ressorts de la normalité, vous vous habituerez. Les troisièmes papiers, ce sera: on n’en peut plus!»

lefigaro.fr

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