Égypte : le «soutien vigilant» de Fabius à Morsi

Le chef de la diplomatie française rencontre mardi au Caire le président égyptien, qui a tardé la semaine dernière à condamner les violences anti-américaines déclenchées par le film islamophobe.

Laurent Fabius a entamé mardi soir au Caire une visite officielle prévue depuis plusieurs semaines, la première d’un chef de la diplomatie française depuis l’arrivée au pouvoir, en juin dernier, d’un gouvernement dominé par les Frères musulmans. Les violences anti-américaines qui viennent d’enflammer le monde arabe, notamment en Égypte, donnent une résonance particulière au message que le patron du Quai d’Orsay délivrera mercredi au président Mohammed Morsi , celui d’un «soutien vigilant».

Après quatre jours de violences anti-américaines qui ont fait un mort et plusieurs centaines de blessés aux alentours de la place Tahrir, le centre de capitale a retrouvé son calme. Mais la situation demeure hautement inflammable et conforte Laurent Fabius dans la double exigence sous le sceau de laquelle il entend désormais placer la relation franco-égyptienne: «Accompagner la liberté, éviter l’extrémisme». Outre le chef de l’État, le ministre des Affaires étrangères s’entretiendra mercredi avec le premier ministre Hicham Qandil, son homologue Mohammed Amr Kamal ainsi qu’avec le grand cheikh de l’université al-Azhar, figure de proue de l’islam sunnite.

«Nous avons une relation ancienne d’amitié avec l’Égypte, il faut la renforcer», a souligné Laurent Fabius à la veille de ces rencontres. «Mais il faut le faire dans le cadre d’une exigence démocratique, a-t-il ajouté. Sans être impérieux, dit-il encore, il faut dire qu’il y a des éléments de démocratie qui sont indispensables, comme le droit, la liberté, la possibilité d’une alternance. S’il y a des dérapages, il faut les souligner et tirer la sonnette d’alarme.»

Au Caire, le ministre, promoteur le mois dernier d’une «diplomatie économique» a rencontré des hommes d’affaires français. Ils ont témoigné d’un fort ralentissement de l’activité depuis le début de la révolution, il y a plus de dix-huit mois. Des aléas qui pèsent lourdement sur la réalisation de certains contrats importants, tel le troisième tronçon du métro du Caire (900 millions d’euros) réalisé par un consortium d’entreprises françaises dont Bouygues, Thales et Alstom. Laurent Fabius a ensuite dîné avec des représentants de la société civile issus de la mouvance libérale. La plupart soulignent leur crainte de voir le pays passer d’ «un autoritarisme militaire à un autoritarisme religieux».

Mohammed Morsi aura attendu quarante-huit heures et un coup de fil plutôt directif de Barack Obama pour faire place nette des manifestants qui s’en prenaient à l’ambassade américaine du Caire. Une épreuve test pour le chef de l’État égyptien tiraillé entre son souci de ne pas voir remis en cause l’indispensable soutien financier des États-Unis (2 milliards de dollars par an) et celui de complaire à sa base électorale travaillée par le salafisme. Pour Laurent Fabius, le film islamophobe mis sur Internet aux États-Unis est révélateur d’une véritable «alliance des extrémismes» entre ceux qui «en Occident présentent les musulmans comme des terroristes et ceux qui en Orient pensent qu’un film débile sur Mahomet est produit par le gouvernement américain». Laurent Fabius a parlé samedi soir au téléphone avec Hillary Clinton qui lui a apporté des précisions sur la mort «atroce», le 11 septembre, de l’ambassadeur Stevens qui aurait péri, non pas étouffé dans l’incendie du consulat de Benghazi, mais piétiné et lynché par la foule.

La guerre en Syrie sera également au centre des entretiens cairotes de Laurent Fabius. Paris a accueilli avec satisfaction les récentes déclarations de Mohammed Morsi soulignant fermement que Bachar el-Assad n’avait plus sa place à Damas. L’enjeu sera d’engager l’Égypte à appuyer les initiatives humanitaires et diplomatiques de la France pour tenter de mettre fin à un conflit syrien «qui risque d’être plus long que ce qu’on pensait», a concédé le ministre. Très active sur la scène régionale, l’Égypte comptait réunir mardi une première réunion, au niveau ministériel, du groupe quadripartite sur la Syrie qu’elle a mis sur pied avec l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite. Mais cette dernière a finalement boudé le rendez-vous, augurant mal de la pérennité de cet ensemble. «Sur la Syrie, nous avons beaucoup d’accords avec le gouvernement égyptien», a déclaré Laurent Fabius, pour prendre date avec la nouvelle diplomatie du Caire.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, International. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir