Premier débat TV : deux tiers des Américains jugent Romney vainqueur

Lors du premier débat dans le cadre de la présidentielle américaine, le candidat républicain a attaqué le président sortant sur son bilan économique

Il est 21 heures, heure de Denver. Le premier débat télévisé entre Barack Obama et Mitt Romney est terminé depuis trente minutes. Les émissaires des deux camps ont envahi la «spin room», l’espace en marge de la salle de la presse où ils espèrent influencer les commentaires des reporters. Chaque parti réclame la victoire, évidemment. Mais un rapide recensement ne laisse pas d’étonner : on compte 17 représentants des rouges (Républicains) contre quatre bleus (Démocrates). Interrogé par «Les Echos» sur la raison de cette surprenante asymétrie, Jim Messina, chef de la campagne Obama, répond : «A vous de juger. Peut-être les Républicains ont-ils le sentiment qu’après la prestation de leur candidat, ils ont plus besoin de convaincre.» La règle de base, dans la «spin room», c’est, évidemment, d’afficher la plus grande assurance.

Mais, quelques minutes plus tard, tombent les résultats d’un sondage CNN qui doivent cruellement résonner aux oreilles de Jim Messina : 67% des téléspectateurs interrogés reconnaissent Mitt Romney comme le vainqueur du débat, contre 25% pour Barack Obama.

Repositionnement au centre pour Romney

De fait, le candidat républicain a marqué des points, lors de cet échange de 90 minutes qui s’est tenu sur le campus de la Denver University. Alors qu’il est en retard dans les sondages, notamment dans la majorité des Etats-clés qui feront l’élection, au final, le 6 novembre, et que ni la nomination de son colistier, Paul Ryan, ni la convention de Tampa ne lui ont vraiment profité, il s’est repositionné au centre. Loin des caricatures auquel ses précédentes déclarations l’ont exposé.

Ainsi, sur la question fiscale, Mitt Romney a contesté à plusieurs reprises les chiffres du président sortant, selon qui le Républicain projetterait plus de 5.000 milliards d’euros de baisses d’impôts, et plus de 2.000 milliards de dollars de dépenses supplémentaires consacrés à la défense. Le candidat républicain a au contraire solennellement affirmé : «Je ne baisserai pas les impôts payés par les Américains à haut revenu», désamorçant ainsi un argument-clé du camp démocrate.

De même, alors que le débat, essentiellement consacré aux questions économiques et de protection sociale, touchait au paquet des lois Dodd-Frank qui encadrent le secteur financier, l’ancien gouverneur du Massachussets a jugé que «la régulation est nécessaire, je veux certes revenir sur la loi Dodd-Frank, mais la remplacer par d’autres régulations, toute économie de marché a besoin de régulation». Selon le candidat républicain, une erreur fondamentale de ce paquet législatif, qui n’a pas été encore complètement transposé, est d’avoir identifié des grandes banques comme «trop grandes pour pouvoir faire faillite» et de leur avoir ainsi «signé un chèque en blanc», alors que d’autres instituts plus petits ont fait faillite.

Occasions perdues de se montrer offensif pour Obama

Mitt Romney veut aussi revenir sur la réforme de la santé opérée par le président sortant et avalisée par la Cour Suprême. «L’ironie, c’est que nous avons vu ce modèle fonctionner vraiment bien au Massachussets, où elle n’a pas détruit d’emplois», a remarqué Barack Obama. Mitt Romney a alors rétorqué que sa propre réforme de la santé correspondait aux besoins de son Etat, mais pas à ceux du niveau fédéral. Qui plus est, a-t-il insisté, il a mené cette réforme avec l’appui des démocrates, dans une logique bi-partisane, alors Barack Obama a imposé son «Obamacare» avec les seules voix des démocrates de la Chambre des représentants et du Sénat. On imagine le président sortant bouillant intérieurement, puisque l’un de ses reproches les plus amers à l’égard du camp républicain est justement d’avoir été hostile, pendant quatre ans, à tout esprit de compromis. Barack Obama n’en a toutefois rien laissé paraître, et a perdu plusieurs occasions de se montrer beaucoup plus offensif.

Par exemple quand Mitt Romney s’en est pris aux investissements voulus par la Maison blanche dans les énergies vertes, parfois malheureux, quand ils se sont portés sur des entreprises qui ont finalement fait faillite. En lieu et place de ces investissements dans les renouvelables. «Vous auriez pu embaucher deux millions d’enseignants», a lancé Mitt Romney, venant encore une fois chasser sur un terrain jusque-là revendiqué par son adversaire : l’éducation. Le président sortant n’a pas capitalisé sur la vidéo qui a récemment émergé, dans laquelle Mitt Romney qualifie 47% des Américains d’«assistés» qui attendent tout de l’Etat.

Barack Obama, qui n’a pas eu le temps de se préparer aussi longuement que son rival, a certes bien tenu son registre présidentiel. Il a rappelé qu’il a hérité des années Bush un déficit public immense, avec «deux guerres payées sur carte de crédit et des allégements fiscaux qui n’était pas financés». Il a aussi joué du glamour de son couple, s’excusant, au début de débat, auprès de son épouse Michelle, de fêter de manière aussi peu romantique leurs 20 ans de mariage. Mais il en faudra plus, à l’avenir, pour lui assurer une victoire le 6 novembre.

Il y aura encore deux débats entre les deux hommes avant l’élection. Demain vendredi seront publiés les chiffres du chômage de septembre, l’un des indicateurs macro-économiques les plus regardés. Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun président sortant n’a été réélu avec un taux de chômage aussi élevé (8,1% en août).

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