Vladimir Poutine, le poignard et le goupillon

Le président russe, qui fête dimanche ses 60 ans, entend reconquérir l’opinion avec un «patriotisme» encouragé par l’Église orthodoxe.

À 74 ans, Alexandre Prokhanov se sent pousser des ailes d’adolescent. Six mois après le retour au Kremlin de Vladimir Poutine, le rédacteur en chef du quotidien nationaliste Zavtra espère en finir avec ce «libéralisme qui, depuis la chute de l’URSS, a ruiné la Russie».

Dimanche, le président russe fêtera ses 60 ans, un anniversaire censé ouvrir une étape décisive dans la reconquête, par le régime, d’une opinion publique qui s’était trop laissé amadouer par les sirènes de la contestation. Au sein du club Izborski, regroupant une vingtaine d’intellectuels ultraconservateurs, Alexandre Prokhanov apparaît comme l’un des leaders de cette «offensive idéologique guerrière», s’appuyant largement sur l’Eglise orthodoxe. «L’Iran, la Chine ou l’Union européenne ont développé une idéologie, mais pas la Russie», regrette le journaliste, qui entend corriger cette carence.

Le 12 septembre déjà, Vladimir Poutine avait donné le ton: «Nous devons construire notre futur sur un fondement solide, et ce fondement, c’est le patriotisme. Pour l’instant, on n’a pas trouvé mieux.» Depuis, les idéologues du régime cogitent, en lien étroit avec le chef de l’administration présidentielle, Sergueï Ivanov, un ancien du KGB.

Les priorités des six prochaines années s’ébauchent: accompagner sur le plan idéologique un effort d’industrialisation, notamment militaire, comparable aux réalisations staliniennes des années 1930, privilégier un mode de développement spécifiquement «russe», distinct de la démocratie à l’occidentale, le tout en renforçant le rôle de l’Église. Lors du dernier congrès orthodoxe, tenu en présence des représentants du Kremlin, le patriarche Kyrill Ier s’est insurgé contre les tentatives de «réécrire l’histoire» dans un sens non patriotique, visant à «détourner la jeune génération de l’héritage de ses ancêtres».

«Verticale du pouvoir»

De 2000 à 2008, les deux premiers mandats de Vladimir Poutine s’étaient également accompagnés d’une offensive idéologique similaire, théorisée alors par l’ex-éminence grise du pouvoir, Vladislav Sourkov, sous les concepts de «verticale du pouvoir» et de «démocratie souveraine». À l’époque, le Kremlin avait notamment mis fin à l’élection des gouverneurs. Aujourd’hui, cet ancien conseiller présidentiel est rangé dans la catégorie infamante des «libéraux».

Parallèlement, Vladimir Poutine qui, dans les années 2000 gérait le FSB (services secrets) à distance, comme un État dans l’État, a repris directement la main sur l’ensemble des structures de sécurité («siloviki»), y compris le ministère de l’Intérieur. Une vague de nominations de «siloviki» est actuellement en cours au Kremlin.

Cette nouvelle alliance du poignard, emblème du KGB, et du goupillon désole les «progressistes». «Faute de s’être appuyé sur les forces les plus novatrices de la société, Poutine n’a plus d’autre choix que de se replier sur ses éléments les plus conservateurs», explique Nikolaï Petrov, expert au Centre Carnegie. Andreï Piantkovski, du Centre des études stratégiques, dénonce «une paranoïa anti-occidentale». Le patriarche Kyrill, qui appelait récemment à «coopérer» avec le FSB, est désormais accusé d’avoir été, sous le régime soviétique, un agent de la Centrale, autrefois KGB.

lefigaro.fr

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