Duel des numéros deux : Ryan maîtrisé, Biden attaquant

C’est un combat très animé mais plutôt égal qui a opposé ce jeudi soir les deux candidats à la vice-présidence des Etats-Unis, chacun tenant sa ligne sans céder de terrain.

C’est un combat très animé mais plutôt égal entre un Joseph Biden très attaquant et un Paul Ryan très maîtrisé, qui s’est déroulé cette nuit à Danville, dans le Kentucky, devant des millions de téléspectateurs. A l’issue de 90 minutes d’un dialogue enlevé et musclé, chacun des deux hommes pouvait se féliciter d’avoir rempli son contrat. Après la mauvaise performance du président Obama, qui avait laissé Mitt Romney dominer le premier débat présidentiel, Biden a martelé les vérités démocrates avec passion, attaquant bille en tête le duo Romney-Ryan sur leur mépris à l’égard des «47% d’Américains» que Romney avait accusé d’être des assistés dans une vidéo tournée à son insu. Une énergie qui devrait mettre du baume au cœur des électeurs de gauche et remobiliser la nébuleuse démocrate, en désarroi depuis le premier débat présidentiel. Moins expérimenté et moins agressif, Ryan s’est pourtant lui aussi très bien tiré d’un exercice difficile, offrant l’image d’un politique réfléchi. «Vous savez vous même que certains mots sortent parfois de notre bouche sans que nous l’ayons voulu», a-t-il lancé à Biden à propos de la vidéo sur les 47%. La flèche, qui a suscité des éclats de rire dans l’assistance, faisait clairement allusion à la propension du vice-président à gaffer.

Malgré sa jeunesse, Ryan est apparu à la hauteur du poste vice-présidentiel, gardant son calme sous le flot des attaques massives de Biden et tirant ses propres traits avec plus de parcimonie. «Aucun n’a cillé, c’était fascinant à regarder, a noté le commentateur de CNN Anderson Cooper, soulignant le caractère «très substantiel des échanges», où chacun a tenu sa ligne sans céder le terrain. «On a entendu une voix conservatrice majeure et une voix démocrate majeure, et c’est pour cela que c’était si intéressant», a-t- il insisté.

Une bataille étayée de nombreux chiffres et détails

Très en forme, le vice-président Joe Biden a joué à fond la carte de la classe moyenne, répétant le mot des dizaines de fois. Il a parlé des gens qui souffrent avec le bagout dont il est coutumier, plaidant pour l’égalité des chances, et peignant ses adversaires comme des apprentis sorciers dangereux, capables de détruire les programmes de retraite et d’assurance maladie des retraités. Il a particulièrement mis son rival en difficulté quand il a rappelé que Ryan lui avait écrit des lettres pour lui demander de faire bénéficier son état, le Wisconsin, du plan de relance d’OBama, car il espérait créer ainsi des emplois. Ryan venait tout juste de critiquer avec acidité ledit plan, estimant qu’il n’avait servi à rien d’autre qu’à endetter l’Amérique vis à vis de la Chine… «Réfléchissez bien, écoutez votre instinct, a dit Biden, tandis que Ryan tentait de son côté d’expliquer que ne rien faire reviendrait à aller dans le mur, et à tuer ces programmes sociaux. Il a aussi répété cet appel à bien réfléchir, quand Ryan a expliqué être en faveur d’une interdiction de l’avortement sauf en cas d’inceste ou de viol ou de danger pour la mère.

La bataille a été précise, étayée de part et d’autre de nombreux chiffres et détails, mais elle était moins technique que ne l’avait été le débat Obama Romney. Joe Biden a beaucoup ricané pendant que son adversaire parlait, allant parfois un peu loin dans la condescendance selon l’analyste David Gergen, alors que Ryan restait courtois et impassible.

Modérés avec brio par la journaliste Martha Raddatz, particulièrement percutante dans ses questions, et équitable dans sa manière de gérer le débat, les deux hommes ont énormément parlé de politique étrangère, évoquant successivement la Libye, l’Iran, la Syrie et l’Afghanistan. Ryan a sévèrement critiqué les failles du dispositif de sécurité américain autour de l’ambassadeur en Libye, s’en prenant aussi de manière plus générale à une politique étrangère américaine jugée trop faible et passive. «Quand nous donnons l’impression d’être faibles, nos ennemis sont plus enclins à nous tester», a-t-il lancé. Biden a répliqué vertement, défendant le bilan Obama et jugeant que Romney comme Ryan étaient incapables de préciser en quoi leur politique serait différente.

Pendant le débat, Tim Strong, un électeur démocrate, qui regardait le débat avec Le Figaro, a applaudi plusieurs fois aux propos de Joe Biden, le jugeant dans l’ensemble très bon. «J’aurais aimé qu’il rappelle à Ryan que le président avait tout fait pour travailler avec les Républicains, mais que ces derniers avaient dès le début décidé de le faire échouer!», a-t-il regretté. Son fils Connor, 16 ans, a jugé que Biden avait gagné la première partie du débat et Ryan la seconde. «Biden a trop ricané à la fin, c’était excessif», a-t-il dit.

lefigaro.fr

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