À Dakar, François Hollande dit sa confiance en l’Afrique

À Dakar, le chef de l’État a dévoilé les grandes lignes de sa politique et promis la fin de la Françafrique.

En arrivant à Dakar vendredi pour la première étape de sa tournée africaine,François Hollande savait que plus que ses pas, ce sont ses mots qui seraient attendus. Cinq ans après le discours très contesté de son prédécesseur, le président français devait être consensuel, une fois de plus «normal». Il le fut.

Si François Hollande s’était par avance défendu de toute intention de vouloir par ce voyage «effacer un précédent», il a pris soin dans son adresse prononcée vendredi devant l’Assemblée nationale sénégalaise de gommer la moindre tournure qui aurait pu prêter à la polémique. «Je ne suis pas venu en Afrique pour délivrer des leçons de morale», a prudemment expliqué François Hollande. Dans ce discours très attendu, il a donc avant tout insisté sur sa confiance dans l’avenir du continent et sur le nouveau partenariat qu’il entend dessiner avec ses anciennes colonies. «L’Afrique est en marche (…) Les Africains ont pris leur destin en main et ce mouvement ne s’arrêtera pas», a-t-il affirmé.

Une confiance qu’il fonde sur une histoire commune, «belle, cruelle et rebelle» mais aussi et surtout sur le potentiel économique du continent. L’Afrique «est une terre d’avenir pour l’économie mondiale», a-t-il dit, soulignant la croissance «supérieure à celle de beaucoup de régions émergentes» et «son dynamisme démographique (…) sans équivalent dans l’histoire humaine». François Hollande souhaite que la France soit «le premier allié» et le «premier partenaire» du continent dans ce développement. «Dans les négociations internationales, (….) où la France, et au-delà l’Union européenne, et l’Afrique partagent les mêmes visions de l’avenir.»

«La Françafrique est révolue»

Le président français s’est toutefois défendu de tout angélisme: «Il n’y a pas de vrai développement économique ni de vrai progrès social sans pluralisme» et sans démocratie, en saluant longuement la vitalité des institutions sénégalaises. «Chaque pays est chahuté par des mouvements», a-t-il reconnu. À ses yeux, l’avenir doit reposer sur la «transparence, la bonne gouvernance et l’égalité». Mais là encore, François Hollande a pris garde à ne pas passer pour un donneur de conseils. Ses directions s’adressent aussi aux pays occidentaux et aux entreprises «qui viennent chercher des contrats en ne négligeant aucun moyen de pression d’influence».

Ces négociations obscures, où la France traîne un lourd passif, François Hollande assure ne plus en vouloir. Comme presque tous ses prédécesseurs, il a promis que «le temps de la Françafrique est révolu», prenant comme symboles de ce nouveau départ la disparition dans son gouvernement du ministère de la Coopération et la ratification des nouveaux accords de défense, initiés par Nicolas Sarkozy. «Nous devons nous parler librement. Nous devons tout nous dire, sans ingérence mais avec exigence», a-t-il souhaité. Reste que les sujets qui fâchent, comme l’avenir du franc CFA ou la délivrance des visas, n’ont été qu’effleurés.

Des questions sans réponse

Cette question des visas est pourtant aujourd’hui fondamentale au point de menacer de brouiller les relations entre l’ex-métropole et ses anciennes colonies. «Je souhaite que les procédures administratives soient simplifiées pour les étudiants, pour les artistes et les créateurs», a détaillé le chef de l’État.

À la sortie, les Sénégalais se disaient satisfaits. La réalité est sans doute plus mitigée. «Officiellement, on attendait beaucoup de cette visite, mais on a toujours su qu’il n’en sortirait pas grand-chose», souligne un proche du président Macky Sall. Pour Dakar, le fait que François Hollande ait choisi le Sénégal comme première étape africaine de son mandat était l’essentiel. «C’est un honneur pour nous et nous apprécions ce geste d’amitié», a assuré Macky Sall. La presse dakaroise, elle, insistait sur les questions qui préoccupent les Sénégalais: l’aide bilatérale, l’avenir du franc CFA et surtout les visas. Sur ces trois points, il n’est pas sûr que le discours du président ait apporté les réponses attendues. On avait reproché à Nicolas Sarkozy d’en avoir trop dit à Dakar, de manière trop maladroite. On pourrait bien, aujourd’hui, reprocher à François Hollande de ne pas en avoir dit assez.

Le Figaro

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