Un rendez-vous capital pour François Hollande

Selon les experts de l’opinion, le président n’a pas droit à l’erreur mardi, lors de sa très attendue conférence de presse.

Comment remonter la pente? Tous les sondages l’attestent: François Hollande se porte mal dans l’opinion, avec une majorité de Français mécontents de son action. Selon l’institut CSA, le président de la République a perdu 19  points en six mois, là où Nicolas Sarkozy en avait perdu 8 seulement. Même si selon trois sondages récents, sa cote de popularité se stabilise (entre 39 % et 44 % d’opinions positives, selon les instituts).

«François Hollande se trouve dans une situation grave, reconnaît le politologue Pascal Perrineau. Nous n’avions jamais vu ça depuis 1995. Jacques Chirac était très bas, lui aussi, mais il avait dû affronter un mouvement social de grande ampleur, ce qui n’est pas le cas pour François Hollande.» «Sa base se rétrécit, renchérit Jérôme Sainte-Marie, de l’institut CSA. Ses gains de deuxième tour de la présidentielle se sont largement évaporés. Il a notamment perdu les personnes âgées et les ouvriers. Il s’agit d’un rétrécissement sans égal sous la Ve République.»

La conférence de presse que le chef de l’État tiendra mardi à l’Élysée est donc jugée cruciale par les experts de l’opinion. Elle doit être, selon eux, l’occasion de donner un cap et de faire de la pédagogie, alors que le gouvernement mène une «politique d’austérité d’un niveau jamais atteint depuis la guerre», si l’on en croit le politologue Roland Cayrol. «Il y a une demande de cap sous-jacente dans tous les électorats, ajoute Pascal Perrineau. Mais particulièrement chez l’électorat de gauche», pris à revers par le plan compétitivité annoncé la semaine dernière et qui prévoit un crédit d’impôt pour les entreprises, compensé par une hausse de la TVA. Un électorat d’autant plus pris de court que Hollande n’avait pas parlé du coût du travail pendant sa campagne et avait toujours critiqué la hausse de la TVA, jugée injuste.

L’électorat populaire décroche

«On a un président de gauche qui, quelques mois après son entrée en fonction, opère une véritable révolution culturelle, mène une politique complètement nouvelle pour la gauche française, analyse Roland Cayrol. Il s’agit d’une politique encore plus “gonflée” que celle de Gerhard Schröder en Allemagne.» Pour le politologue, François Hollande «doit faire passer une pilule amère pour la société française», tout en expliquant «qu’il y a un contenu de gauche dans cette politique, une préoccupation de justice sociale dans la distribution des efforts et des sacrifices».

Pour Jérôme Sainte-Marie, cette politique a des répercussions sur l’électorat populaire, qui décroche largement dans les enquêtes d’opinion: «Les ouvriers sont passés d’une cote de confiance de 64 % à 38 %, il s’agit de la catégorie la plus défavorable à Hollande. Son point fort, aujourd’hui, ce sont les cadres supérieurs et les professions libérales, soit un pôle réformateur de la société, ceux qui ont voté oui au référendum sur la Constitution européenne en 2005.» Jérôme Fourquet, de l’Ifop, ne dit pas autre chose. «Le président doit s’adresser à une partie de la gauche, déstabilisée par les dernières annonces qui marquent une triple rupture: la reconnaissance que le coût du travail est un problème en France, le choix d’une hausse de la TVA qui a toujours été perçue comme un impôt injuste par la gauche, le choix enfin de ponctionner les finances publiques.»

Accélération du temps médiatique

Ces experts estiment en outre que le nouveau pouvoir va devoir sacrifier aux nouveaux rites de la communication politique. Nicolas Sarkzoy avait usé – abusé, aux yeux de certains – du story telling, un procédé de communication qui consiste à rythmer l’action politique en la découpant en «séquences» et permet d’imposer son agenda médiatique. Une stratégie dont Hollande – qui avait voulu réhabiliter le temps long et rompre avec la surréactivité de Sarkozy – avait voulu se démarquer. Mais six mois après son arrivée à l’Élysée, le président s’est rendu compte que, le quinquennat d’un côté, l’accélération du temps médiatique, de l’autre, ont changé la donne. Une donne à laquelle il doit s’adapter. «Depuis la mi-août, les médias ont construit le récit de l’échec et de la déception, un récit attesté par les sondages, observe le directeur de l’institut Médiascopie, Denis Muzet. Avec cette conférence de presse, il doit reprendre le contrôle du récit du pouvoir.»

Cette conférence de presse pourrait également être l’occasion pour Hollande, qui cherche encore son style, de revêtir les habits présidentiels. «La fonction présidentielle a ses exigences et pour l’heure, François Hollande paraît avoir un pied dedans, un pied dehors, note encore Pascal Perrineau. Voilà l’occasion de montrer qu’il se place dans la lignée de ses prédécesseurs.» «Ce choix d’une grande conférence de presse, qui évoque les codes anciens de nos institutions, vise à solenniser son intervention et à le représidentialiser, ajoute Denis Muzet. François Hollande a la volonté de ne pas s’enfermer dans ce positionnement de “président normal”. Il cherche à “faire plus président”.»

lefigaro.fr

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