L’Air Force One de Kadhafi se refait une santé en France

Une société française est chargée de réparer l’Airbus A340, véritable sanctuaire volant de Kadhafi, endommagé pendant les combats en Libye.

Un Airbus A 340, le quadriréacteur long-courrier du constructeur, est en grande visite dans un hangar de Perpignan. Il porte encore les couleurs de la compagnie libyenne Afriqiyah, mais bientôt, des peintres français le décoreront aux couleurs de la Libye libre. C’était l’avion de Mouammar Kadhafi, son Air Force One, l’équivalent du 747 d’Obama. Camouflé en avion de ligne pour des raisons de sécurité, il était au service exclusif du dictateur, et aménagé selon ses goûts. Le lit king size et les canapés en tissu argenté, dignes d’un décor de boîte de nuit des années 1980, ont été démontés, stockés et devraient être remontés pour un vol retour vers la Libye, où l’Airbus entamera une nouvelle carrière d’avion gouvernemental.

Son sauvetage n’allait pas de soi. Le 20 août 2011, pendant les combats pour la prise de l’aéroport international, l’appareil a été pris dans des tirs croisés. Il a reçu plusieurs balles de mitrailleuses lourdes. L’équipe chargée de sa protection a décidé de le mettre à l’abri, alors que la situation militaire était toujours incertaine. «Cet avion appartenait au peuple, il fallait le sauver», raconte dans son bureau de l’aéroport Enwir Mides, le directeur technique de l’ex-flotte de Kadhafi. «J’ai appelé un tracteur et je suis monté dans le cockpit, avec une corde passant par la fenêtre pour évacuer en cas d’urgence.»

L’avion a été ramené dans le hangar du bout de la piste, autour duquel on voit encore quelques-uns des appareils du colonel. De l’Airbus 300 utilisé par les fils de Kadhafi, détruit pendant les combats, ne subsiste que la queue. Il y a aussi deux Falcon et un Antonov 124 de fabrication russe, le plus gros avion du monde, haut comme un immeuble de quatre étages. Il servait à convoyer les voitures blindées du dictateur, qu’il emmenait toujours lors de ses visites officielles. Quant à l’Airbus A 340, il avait été acheté par Kadahfi au prince saoudien et entrepreneur milliardaire Walid bin Talal. Enwir, ingénieur en chemises à carreaux, se souvient des mesures de sécurité draconiennes qui entouraient l’appareil. «Même moi, je ne pouvais y pénétrer que sur autorisation. Je devais laisser tout ce que j’avais sur moi, même ma montre.»

L’Airbus était un sanctuaire. «Un jour, des types de la sécurité ont débarqué dans mon bureau, fous furieux. Ils avaient arrêté un jeune de l’équipe de nettoyage qui s’était vanté dans un café d’avoir uriné dans les toilettes de l’avion. On ne l’a jamais revu.» La flotte aérienne de Mouammar Kadhafi est aujourd’hui sous le contrôle d’un quadragénaire discret en costume sombre bien coupé, Chaker Own, qui répond au ministère de la Défense.

Un rapatriement compliqué

Une fois ramené au hangar, l’appareil avait été stocké selon les procédures recommandées par Airbus. Mais il était impossible de le réparer sur place. La compagnie allemande Lufthansa, chargé de l’entretien tardait à répondre aux appels, assure l’ingénieur. «On a alors décidé de prendre contact avec Air France. Ils sont venus tout de suite.» Mais on ne bouge comme cela un avion immobilisé depuis plusieurs mois, endommagé, et en outre sans papiers officiels. Air France a alors confié le rapatriement à une société française privée World Asset Transition (WAT). Une entreprise dont le job, très particulier est d’aller récupérer dans les pays à problèmes des avions abandonnés, souvent à la suite de crises politiques ou militaires.

Une fois l’avion dûment enregistré, il fallait le faire voler. Un an s’était écoulé. «Les trous dans la carlingue ont été bouchés les circuits rétablis, mais l’avion ne pouvait pas être pressurisé, raconte le directeur technique. En outre, selon le manuel du constructeur, on ne pouvait pas rentrer le train d’atterrissage, car il n’avait pas été manœuvré entre-temps».

WAT a fait appel à des pilotes spécialisés dans les vols difficiles. L’Air Force One de Kadhafi a franchi la Méditerranée à 3000 m, une altitude d’aéro-club (les avions de lignes volent d’habitude à environ 10.000m) et à basse vitesse, le train sorti. Il devrait repartir avant le printemps, pour une nouvelle vie. Au service d’un pouvoir encore en transition. L’Airbus du dictateur risque de changer souvent de passagers.

lefigaro.fr

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