Affaire Bettencourt : Nicolas Sarkozy devant le juge

L’ancien chef de l’État est entendu par le juge Gentil depuis jeudi matin à Bordeaux en vue d’une éventuelle mise en examen.

Un sombre bureau au sous-sol du palais de justice de Bordeaux, volets clos. Voilà le cadre dans lequel l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est entendu depuis jeudi matin dans le cadre de l’affaire Bettencourt, en présence de son avocat de toujours, Thierry Herzog.

La convocation du juge Gentil a été adressée au cabinet de l’ancien chef de l’État en vue d’une mise en examen, ce qui laisse le choix au magistrat, à l’issue de l’interrogatoire, de placer effectivement Nicolas Sarkozy en examen, ou bien de se contenter du statut plus léger de témoin assisté, en fonction de l’idée qu’il se serait faite de la solidité des éléments accusatoires dont il dispose. À la veille de l’audition, beaucoup des proches de l’ancien président se montraient pessimistes, tablant plutôt sur la première option…

La plupart des observateurs jugeaient pourtant, il y a quelques mois encore, l’hypothèse fantaisiste, les soupçons de financement politique illicite reposant alors principalement sur des concordances de dates. Les déclarations de l’ancienne comptable de la famille Bettencourt, Claire Thibout, restaient fragilisées par le fait que, si elle affirmait avoir préparé des enveloppes de liquidités, elle ne prétendait pas en revanche avoir été présente au moment de leur éventuelle remise.

Abus de faiblesse

Placé en détention provisoire, Patrice de Maistre, ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, n’a cité aucun autre bénéficiaire de ces enveloppes que la famille Bettencourt elle-même. Qui plus est, le délit supposé a fini par tomber sous le coup de la prescription (trois ans), tant l’enquête dure depuis longtemps – la première plainte de la fille de Liliane Bettencourt, pour une affaire au départ strictement familiale, date de… 2008.

Mais, pour creuser sa piste – il cherche à savoir si une partie des comptes détenus en Suisse par les Bettencourt n’aurait pas alimenté la campagne du candidat UMP -, le juge est entré par une autre porte: celle de l’abus de faiblesse. Selon les experts médicaux mandatés par lui, l’héritière de L’Oréal ne dispose plus de l’entièreté de son jugement depuis 2006.

Le juge demandera donc à Nicolas Sarkozy s’il n’a pas abusé de la faiblesse de Liliane Bettencourt en lui soutirant d’importantes sommes d’argent sans son consentement éclairé. Pour cela, il s’appuie sur ses dernières découvertes. Quatre millions d’euros issus d’un compte helvète de Mme Bettencourt sont revenus vers l’Hexagone via Patrice de Maistre entre 2007 et 2009.

De plus, le 3 juillet dernier, le juge a fait saisir au domicile et au bureau privé de l’ancien chef de l’État des agendas – autres que celui remis très officiellement par Thierry Herzog – et le magistrat y a relevé d’autres coïncidences de dates avec des moments clés de l’affaire Bettencourt.

S’il était mis en examen, Nicolas Sarkozy ne se priverait certainement pas de contester la saisie d’agendas concernant la période où il dirigeait la France, une période protégée, estime une partie de ses conseils, par le secret. Cette audition spectaculaire montre que l’instruction sur ce volet touche à sa fin, après quatre ans d’enquête menée par six magistrats… La justice devra ensuite déterminer qui elle renvoie en correctionnelle.

lefigaro.fr

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