Affaire « tentative d’empoisonnement » du chef de l’Etat

La bataille juridique a commencé (Les derniers rebondissements donnent une mauvaise image du Bénin et de son appareil judiciaire)

Le week-end écoulé a été riche en rebondissements dans l’Affaire “tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat”. Seulement, les nouveaux évènements qui, ces trois derniers jours, ont fait parler d’eux dans cette “affaire rocambolesque” n’honorent pas forcément notre pays et son appareil judiciaire.

On ne finira pas d’en parler de si tôt. De nouveaux éléments sont apparus qui renseignent mieux sur l’évolution du dossier et gardent le Bénin au centre de l’actualité mondiale. C’est du déjà connu : l’homme d’affaires Patrice Talon désigné présumé commanditaire de la supposée » tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat » a été interpellé à Paris, où il réside depuis plusieurs mois, et fut relaxé en 24 heures, placé sous contrôle judiciaire. L’extradition annoncée de l’homme est devenue alors une préoccupation pour les appareils judiciaires béninois et français ; sauf que les motivations et les intérêts ne sont pas les mêmes. Il s’en est suivi, en début de week-end, une sortie médiatique des avocats du médecin personnel du chef de l’Etat Mama Cissé, soupçonné dans ledit dossier, curieusement censurée dans les médias audiovisuels,

Faits nouveaux

Depuis sa geôle à Missérété, l’homme aurait, selon sa défense et par une lettre ouverte adressée au président Boni Yayi, dénoncé les agissements du Directeur de cabinet du ministère de la Défense, le Général de Brigade Sèmagan Cocou Lègba et du Commandant Serge Chabi du 1er B/A qui lui auraient rendu visite pour négocier qu’il fasse une déclaration partisane. » Ils sont venus en votre nom Monsieur le Président et m’ont fait recopier sous pression une demande d’audience en mon nom et au nom de Mademoiselle Kora Zoubératou. Respectant l’Institution que vous représentez, j’ai obéi ignorant que c’était destiné à des fins de propagandes. Je demande à l’ensemble de la presse béninoise de ne plus publier des écrits supposés venus de moi si ces écrits ne viennent pas de mes deux conseils que sont Maître Saïzonou-Bédie et Maître Charles Badou.» peut-on lire dans ladite correspondance du médecin qui dit avoir confiance à la justice. Et comme la réponse du berger à la bergère, la réplique du général ne s’est pas fait attendre. Lors d’un point de presse suffisamment relayé, le directeur de cabinet du ministre de la Défense a balayé du revers de la main toutes les allégations faites par le médecin militaire dans sa lettre ouverte exhibée par ses avocats. Selon lui le motif de sa visite au prévenu à la prison de Missérété était d’aller l’écouter en prélude à sa traduction en conseil de discipline militaire. Il confie alors que les propositions de sanctions sont prêtes et seront transmises au ministre de la Défense, qui n’est autre que… Boni Yayi. Il précise de même que sa visite a été autorisée par le ministre de la Justice Marie Elise Gbèdo.

Bataille juridique

A bien y voir, les choses risquent d’aller plus loin dans cette affaire où des zones d’ombre subsistent. Au-delà donc de la guerre de déclaration par médias interposés, nationaux comme internationaux, la bataille autour de l’extradition ou non de Patrice Talon sera également et essentiellement juridique. Les derniers développements avec la guerre d’usure entre Me William Bourdon et le procureur Justin Gbénamèto en disent long. Pour l’avocat de Patrice Talon » le Bénin est incapable de fournir des pièces de procédure «, et que cette dernière » va tomber toute seule «. » Il y a toute une série d’éléments qui suggèrent nettement que cette thèse d’un empoisonnement dans un hôtel bruxellois est une farce, ajoute-t-il. Donc, je suis globalement confiant sur l’issue de la procédure. » Me Bourdon estime par ailleurs que l’intégrité physique de son client serait menacée en cas d’extradition. Au moyen de sa défense Me Bourdon fait de sévères réquisitions contre la justice béninoise à travers la moralité de ses acteurs (les déclarations du garde des Sceaux sur la corruption), les détentions arbitraires… Au procureur Justin Gbénamèto de contester sur RFi » Nous avons déjà donné la garantie aux autorités françaises que les lois béninoises sont respectueuses des droits humains, justifie-t-il. Le Bénin fait partie des pays où les libertés sont les plus respectées au monde, et nous avons une justice sûre.»

Encore du chemin…

Selon l’accord de coopération judiciaire qui le lie à la France, le Bénin doit adresser la demande d’extradition par voie diplomatique à la France tout en l’accompagnant soit de l’original, soit de l’expédition authentique ou d’une décision de condamnation exécutoire, ou d’un mandat d’arrêt ou encore de tout autre acte ayant la même force et décerné dans les formes prescrites par la loi de l’Etat requérant. La justice française à son tour appréciera les pièces versées au dossier. Patrice Talon quant à lui présentera les pièces qui plaident en sa faveur et qui prouvent le caractère politique du dossier.

Le processus est donc enclenché depuis ce week-end et une délégation béninoise composée du procureur de la République, le Commissaire central de la ville de Cotonou et le chef des Services de renseignements de la présidence se sont envolés dans la nuit de ce samedi 08 décembre 2012 pour la France où ils rencontreront les juges français. Vu que la crédibilité et la capacité de la justice béninoise à disposer de preuves sérieuses pèseront fort dans la balance, l’observateur se met déjà à l’évidence de ce que, sur la base, de la réquisition l’avocat français de Patrice Talon, des dénonciations du Dr Cissé, des déclarations du garde des Sceaux dénonçant la corruption qui gangrène la justice béninoise, et quelques autres faits de violation des droits de l’homme, souvent dénoncés par les organisations de défense des droits de l’homme et de la société civile, que l’équipe gouvernementale aura affaire à forte partie.

Vitali Boton

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