Les députés de la sixième législature ont programmé pour examen dans l’ordre du jour de la deuxième session ordinaire de l’année 2012 le projet de loi portant modification de la loi 86-013 portant l’âge d’admission à la retraite à 62 ans. Cette disposition permettra de maintenir certains agents permanents de l’Etat en fonction. A peine cette proposition de loi est programmée qu’on observe des réactions dans le rang des populations, principalement des syndicats.

Les dispositions de la loi 86-013 permettent à tout agent permanent de l’Etat d’aller à la retraite à 55 ans d’âge soit après 30 ans de service. Mais le constat depuis quelques années est que plusieurs agents qui ont mis du temps à étudier et fini leurs études avant de rejoindre la fonction publique ne font plus les 30 ans de service car déjà à 55 ans, on leur adresse la lettre de félicitation et on programme leur date d’admission à la retraite. Une telle situation fait que plusieurs cadres qui ont été peut-être formés avec les sous du contribuable et ont encore des compétences vont à la retraite sans finir de servir la nation. Le gouvernement béninois pour profiter de ces compétences à initié un projet de loi modifiant la loi 86-013, pour porter l’âge de départ à la retraite à 62 ans. Avec cette nouvelle disposition tout agent permanent de l’Etat ira à la retraite à 62 ans au lieu 30 ans de service ou 55 ans d’âge comme c’est le cas actuellement.

Et le chômage des jeunes ?

Le projet de loi modifiant la loi 86-013 qui se trouve actuellement sur la table des députés bien que initié pour régler un certain nombre de problème et surtout de maintenir certaines compétences au service de la nation, crée d’autres problèmes sociaux. Le maintien des compétences en fonction est synonyme de maintien des jeunes au chômage. Car selon les syndicalistes, un cadre A1-12 à la retraite permet de recruter 3 jeunes dans la fonction publique. C’est d’ailleurs pour tirer l’attention des honorables députés sur les conséquences du vote de cette loi que le collectif des syndicalistes pour l’éveil du Citoyen (COSYEC) a fait une marche de protestation le 28 novembre dernier pour dénoncer le complot contre la jeunesse béninoise. Pour ce collectif, le vote d’une telle loi constitue un crime contre leurs électeurs car dans une situation de crise aigue, ce n’est pas en maintenant des gagne-gros en fonction et en sacrifiant les jeunes désœuvrés dans un état de précarité que le Bénin sera refondé. C’est pourquoi, les jeunes béninois et moins jeunes ont souhaité que le projet de modification de la loi 86-013 pour porter l’âge de la retraite à 62 ans avec suppression du critère de 30 ans de service soit purement et simplement retiré en l’état de l’Assemblée nationale. On se rappelle encore de l’époque où le ministre Karim Rafiatou, alors qu’elle était encore à l’Enseignement primaire et secondaire avait pris un arrêté pour la signature d’un contrat avec les institutrices à la retraite pour que ces dernières reviennent mettre leur compétence au service des jeunes qui n’avaient aucune expérience. Mais le projet a échoué, parce que certaines institutrices à la retraite dont les enfants chôment à la maison ont rejeté l’offre et ont proposé au ministre de penser à recruter les diplômés qui sont toujours à la charge de leurs parents.

Difficultés en vues

Outre la sortie du collectif des syndicalistes, certains députés émettent déjà des réserves par rapport au vote de ce projet de loi. L’honorable Louis Vlavonou qui n’a pas encore pris connaissance des dispositions de ce projet de loi pense qu’il serait mauvais de voter une telle loi qui en réalité profite aux parents mais met les jeunes au chômage. Dans cette même logique, Antoine Idji Kolawolé dit comprendre les syndicalistes qui sont en train de se révolter contre un projet de loi qui augmenterait l’âge à retraite à 62 ou 65 ans. Pour lui, si nous avons un peuple jeune, un peuple jeune qui souffre d’un très fort taux de chômage, la priorité doit être accordée à la résolution du problème du chômage de ces jeunes et si le projet de loi va à l’encontre de cette préoccupation importance, ce projet n’aura pas d’avenir et il ne prospèrera pas. Il dit que cette position est celle qu’entend défendre son groupe parlementaire Union fait la nation. Face à ces positions divergentes on peut prédire que la bataille est perdue d’avance. Au Grand bonheur des jeunes chômeurs, le vote de la nouvelle loi portant âge d’admission à la retraite a de fortes chances d’échouer.

Cosme Kèkè

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