L’affaire Cahuzac place Hollande sur la défensive

Le président n’a pas l’intention de se séparer de son ministre du Budget, alors que les rebondissements se multiplient autour du prétendu compte en Suisse.

C’est un boulet pour François Hollande. Les révélations successives, plus ou moins éclairantes (lire ci-dessous), concernant un supposé compte en Suisse ayant appartenu à Jérôme Cahuzac, font s’éterniser un feuilleton dont le chef de l’État se serait bien passé. Depuis que le site Mediapart a assuré que le ministre du Budget possédait un compte à la banque UBS, le soupçon s’est installé. Ce qui fragilise l’intéressé et met en péril l’équilibre de l’équipe Ayrault.

Une affaire doublement gênante pour François Hollande. D’abord parce que Cahuzac est l’un des éléments les plus brillants du gouvernement: fin connaisseur des mécanismes budgétaires, ce grand sportif, respecté à gauche comme à droite, est un orateur hors pair, imbattable dans l’Hémicycle. Ensuite parce que le président s’est fait élire sur la promesse d’instaurer une République modeste et exemplaire: le fait que le ministre du Budget ait pu être tenté par l’exil fiscal (ce qu’il a toujours vigoureusement démenti), en pleine crise économique et alors que le départ de Gérard Depardieu en Belgique suscite la polémique, serait une tache indélébile sur le quinquennat. À l’Élysée, on balaye d’un revers de main ces révélations «qui n’en sont pas». «Jérôme Cahuzac a donné sa parole au président, explique un conseiller élyséen. Nous considérons que sa parole est respectable. Rien n’a démontré le contraire.» «Cette affaire est certainement très pénible pour l’intéressé, mais, pour nous, rien n’a changé, ajoute un proche du chef de l’État. Il n’y a aucune information nouvelle.» Fermez le ban.

En plus d’assurer au président et au premier ministre qu’il n’avait jamais détenu de compte en Suisse, le ministre du Budget a solennellement réaffirmé devant la représentation nationale, le 5 décembre à l’Assemblée, qu’il n’avait «pas» et «jamais eu» de compte à l’étranger, «ni maintenant ni avant».

Pour l’heure, aucune preuve accréditant l’existence d’un compte n’a été apportée par la presse. Mais aucune preuve du contraire non plus. Ce qui alimente le doute, y compris dans les coulisses du gouvernement. «C’est étrange, note le conseiller d’un ministre. Prouver qu’on n’a pas de compte en Suisse, ça prend une heure, montre en main. Pourquoi Cahuzac ne le fait-il pas?» «Tout le monde a bien compris que Cahuzac était au centre d’un complot, victime de corbeaux, défend un ministre. Lui estime qu’il n’a pas à prouver son innocence. Dans le système français, la charge de la preuve est à apporter par l’accusation, pas par la défense.»

Reste que ce soupçon, tant qu’il n’est pas définitivement écarté, est un poison lent. Interrogé sur le sujet en marge d’un déplacement au Maroc, à la mi-décembre, le premier ministre avait défendu son ministre. Mais, en le faisant, il s’était enfoncé dans la moelleuse banquette de la résidence du roi, semblant soudain embarrassé: «Ce n’est pas très agréable, ce genre d’affaires, avait-il commenté. Jérôme Cahuzac a envie de se défendre. Il faut le laisser organiser sa défense. Il n’y a pas de raisons de mettre en doute ce qu’il a dit à l’Assemblée.»

Mauvais présages

Avant Noël, la rumeur d’un remaniement circulait dans la majorité. «Tout le monde pense que le président va devoir ­remanier», confie un conseiller, à Bercy. «Je ne vois pas comment il peut garder Cahuzac, note un deuxième conseiller ministériel. On ne va pas se traîner une “affaire Woerth” pendant six mois. À un moment donné, Hollande fera un arbitrage politique.» Un haut dirigeant du PS balaye ces mauvais présages. «Pour l’instant, Cahuzac n’est visé par aucune procédure. Son cas n’a rien à avoir avec l’affaire Woerth, qui a dû quitter le gouvernement quand une procédure a été lancée. Pour Cahuzac, ce ne sont que des allégations, de plus en plus complexes et romanesques, mais cela reste une simple procédure… médiatique.» Et ce dirigeant de conclure: «Si Hollande cède à une campagne de presse, n’importe qui pourra se retrouver sur la sellette s’il se retrouve au cœur d’une opération bien montée.»

Le ministre, Mediapart et le compte en Suisse

Le 4 décembre, le site Mediapart révèle que Jérôme Cahuzac aurait détenu un compte bancaire «non déclaré» chez UBS en Suisse.  Le ministre du Budget dément  sur Twitter: «Je ne sais pas de quoi  il est question. Je n’ai jamais eu  de compte en Suisse ou ailleurs.  C’est ahurissant.»

Il ajoute qu’il «poursuivr(a) tous ceux qui reprendront cette calomnie gravement diffamatoire et qui porte atteinte à (s)on honneur, y compris ici». Le 5 décembre, Mediapart met en ligne une conversation enregistrée par téléphone fin 2000 dans laquelle le ministre avoue détenir un compte en Suisse: «Moi, ce qui m’embête, c’est que j’ai toujours un compte ouvert à l’UBS, mais il n’y a plus rien là-bas, non?» Le 7 décembre, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire après la plainte en diffamation contre Mediapart déposée par le ministre délégué au Budget. Le 19, Cahuzac demande à UBS de certifier qu’il n’a pas eu de compte dans cette banque. Le 21, Mediapart annonce que le détenteur de la bande enregistrée serait l’ancien rival politique de Cahuzac, Michel Gonelle.

lefigaro.fr

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