Centrafrique: Bangui sous la menace des rebelles

Des manifestants proches du régime, qui reprochent à Paris son inaction face à l’avancée des rebelles d’une coalition qui a déjà conquis plusieurs villes du nord du pays, ont caillassé l’ambassade de France.

Les rebelles centrafricains se veulent maîtres du pays. Née il y a quelques semaines, la coalition Séléka a, en un peu plus d’une dizaine de jours, conquis plusieurs villes du nord du pays et menace désormais la capitale, Bangui, et le régime du président François Bozizé. À Bria, à Bambari, puis mardi à Kaga Bandoro, des cités riches en or ou en diamants, le scénario fut chaque fois le même. À l’arrivée des rebelles, les Forces armées centrafricaines (Faca) se repliaient sans combattre. Mercredi soir, selon certaines sources, les rebelles étaient à Damara, ultime verrou, situé à une soixante de kilomètres de la capitale Bangui.

Peu auparavant, le porte-parole du mouvement avait affirmé qu’il ne mènerait pas la «bataille de Bangui», demandant au régime de rendre les armes et d’ouvrir des pourparlers. Le gouvernement a pour sa part exigé que ses ennemis quittent les villes occupées en préalable à toute négociation. Difficile de prévoir ce qui sortira de ce dialogue de sourds dans un pays où la majorité de la population, par trop abrutie de mi­sère, se mêle le moins possible de ces dangereuses querelles armées.

«Les objectifs de Séléka ne sont pas très clairs. C’est une coalition de groupes hétéroclites aux revendications très différentes. Mais leur avancée rapide et le comportement convenable de ses hommes dans les territoires conquis montrent qu’il y a une vraie chaîne de commandement – et donc sans doute une stratégie», note le chercheur Roland Marchal. Plus qu’à une volonté de mettre un terme à ce énième conflit qui secoue le pays, la relative modération qu’affiche le Séléka tient à la présence tutélaire du Tchad.

Isolement diplomatique

Le président Idriss Déby est le principal soutien de François Bozizé, qu’il a aidé à conquérir le pouvoir en 2003. Dès le début de la crise, des troupes tchadiennes ont été déployées en Centrafrique comme «force d’interposition» à Sibut, et aussi sans doute aux portes de Bangui. «Idriss Déby tient les clés du pays. S’il décide de soutenir une fois encore Bozizé, rien ne se passera, analyse un diplomate. Dans le cas contraire…» Ces dernières années, les relations entre François Bozizé et son parrain se sont considérablement dégradées, sur fond de tensions commerciales. Le chef de l’État centrafricain a aussi agacé nombre de ses pairs de la région. Et son isolement n’est pas rompu par les pays occidentaux, qui lui reprochent les conditions de sa réélection contestée en 2011, la corruption et l’immobilisme coupable des institutions.

La France, ancienne puissance coloniale, a déjà affirmé qu’elle n’interviendrait pas. En réaction, des militants proches du pouvoir s’en sont pris mercredi aux symboles français, caillassant l’ambassade. Dans la soirée, une partie du contingent de 250 Bérets rouges français, stationné à l’aéroport dans le cadre d’une opération d’aide technique, a été déployée devant la représentation. Consigne a été donnée aux ressortissants de rester chez eux et l’avion d’Air France pour Bangui a été détourné. Dans un communiqué, l’Élysée assurait mercredi soir se tenir informé de la situation. Le ministère de la Défense rappelait que la mission des troupes françaises était notamment d’assurer la «sécurité générale du pays».

lefigaro.fr

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