Obama renouvelle son équipe de sécurité

Il nomme son conseiller John Brennan à la tête de la CIA et le républicain Chuck Hagel au Pentagone.

Le premier est son conseiller antiterroriste John Brennan, un vétéran du renseignement d’origine irlandaise, rugueux d’apparence mais avisé et expérimenté, qui l’a accompagné pendant son premier mandat dans ses décisions les plus difficiles. L’homme a joué un rôle clef lors du raid d’élimination de Ben Laden au Pakistan en 2011. Il a aussi été au centre du programme d’assassinats ciblés de chefs terroristes orchestré par la CIA à l’aide de drones. Cette politique secrète est devenue la marque de fabrique de l’approche de sécurité nationale d’Obama, celle d’une «empreinte légère qui privilégie les opérations spéciales ciblées unilatérales, mais se méfie des interventions militaires lourdes», analyse le journaliste du New York TimesDavid Sanger.

En 2008, Barack Obama avait déjà voulu nommer ce «pro» à la tête de la CIA, où il avait passé vingt-cinq ans et dont il avait été le directeur adjoint sous George W. Bush. Mais la gauche du Parti démocrate s’était déchaînée contre Brennan, l’accusant d’avoir cautionné la politique de torture par «simulation de noyade», utilisée après le 11 Septembre. Brennan avait nié, mais Obama n’avait finalement pas pris le risque de le nommer.

Un choix osé

Les circonstances sont différentes aujourd’hui, après les quatre ans de bons et loyaux services de Brennan à la Maison-Blanche et la relation forte qu’il a forgée avec le président. Les experts jugeaient ce lundi que sa confirmation ne ferait pas de vagues.

Une vraie bataille se profile en revanche pour la nomination au Pentagone de Chuck Hagel, ancien sénateur républicain modéré du Nebraska, que Barack Obama a appris à apprécier dès son arrivée au Sénat en 2004. Les deux hommes, qui partagent une méfiance instinctive des interventions militaires – alors que se profile une éventuelle épreuve de force sur le nucléaire iranien – s’étaient rendus ensemble en Irak pendant la campagne de 2008. Hagel, vétéran de la guerre du Vietnam bardé de décorations, qui n’a jamais hésité à tenir tête aux généraux, avait alors défendu le jeune sénateur démocrate. «C’est l’une des personnes les plus remarquables… que j’aie jamais rencontrées», avait-il dit au journal Monitor.

Mais Chuck Hagel est un choix osé car il suscite des allergies violentes dans son camp. Esprit farouchement indépendant, qui ne mâche pas ses mots, l’ancien sénateur conservateur a été accusé de positions «anti-Israël», voire «antisémites» pour avoir affirmé un jour que le «lobby juif» avait tendance à «intimider» les élus. «Des accusations fausses», selon Aaron David Miller (qui avait recueilli ses propos), soulignant que le sénateur croyait «à une relation spéciale avec Israël mais pas exclusive». Les républicains semblent craindre que Hagel refuse a priori toute intervention militaire contre le régime des mollahs, ce que l’intéressé dément, jugeant que des frappes font partie des options, mais en ultime recours.

Très critique de la guerre en Irak de 2003, Hagel a été le seul républicain du Sénat à refuser de cautionner la contre-insurrection orchestrée par le général Petraeus en Irak en 2007. De là date son contentieux avec le sénateur John McCain, dont il avait coprésidé la campagne en 2000 mais qu’il n’a pas soutenu en 2008. Hagel s’est aussi attiré les foudres de son parti pour avoir affirmé en 2011 que le budget de la défense «était surgonflé». Obama voit en lui le bélier qu’il pourrait utiliser pour bousculer les «vaches sacrées» des dépenses militaires.

Les conseillers du président se disent confiants, pariant que les sénateurs n’oseront pas bloquer l’un des leurs. Mais vu le poids de McCain, qui le juge trop doux avec l’Iran et trop dur avec Israël, le choc pourrait être rude.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, International. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir