Les frappes françaises se poursuivent au Mali

Les avions français ont bombardé des cibles dans le nord du Mali, notamment à Gao, le fief des rebelles. Les islamistes sont mieux équipés et entraînés que prévu, a glissé l’entourage de François Hollande.

• L’avancée islamiste contenue, des civils tués

L’armée malienne, appuyée par des forces françaises, a repris samedi le contrôle complet de Konna après de violents affrontements. L’état-major malien fait état de 11 morts dans ses rangs et une centaine chez les islamistes. Un officier français a lui été mortellement blessé vendredi lors d’un raid hélicoptères. La France a joué «un rôle capital» aux côtés de l’armée malienne dans la reprise de la ville, a estimé le capitaine Amadou Sanogo, chef des putschistes de mars 2012 et à la tête d’un comité militaire officiel. Parmi les pertes essuyées par les islamistes figure un haut responsable du groupe islamiste armé Ansar Dine (Défenseurs de l’Islam), Abdel Krim dit «Kojak», «un revers de taille», jugent des experts de la région.

Les affrontements à Konna ont également fait des morts dans la population civile. L’ONG Human Rights Watch affirme que dix civils, dont trois enfants, ont péri. L’association s’inquiète du sort des enfants soldats enrôlés chez les islamistes, qui ont «été blessés, et pour certains sont sans doute tués au cours des combats».

• Troisième jour de frappes aériennes

Les frappes aériennes françaises se sont poursuivies samedi et dimanche afin de bloquer l’avance de colonnes de pick-up armés des islamistes. «Il y a des raids en permanence. Il y en a en ce moment, il y en a eu cette nuit, il y en aura demain», a déclaré sur Europe 1 le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, pour qui sans intervention extérieure, les rebelles islamistes auraient fait tomber Bamako en deux ou trois jours. Les cibles se trouvent dans plusieurs localités du nord du Mali, comme un camp de combattants jihadistes à Léré, à quelque 150 km au nord de Konna, et proche de la Mauritanie. Les appareils français ont visé des dépôts d’armes, de munitions et de carburant stockés par le groupe Ansar Dine .

Quatre avions de combat Rafale venus de France ont également visé et détruit dimanche plusieurs cibles à proximité de Gao, le fief des islamistes. «Des camps d’entraînement, des infrastructures et des dépôts logistiques constituant les bases arrière des groupes terroristes» ont été détruits, a annoncé le ministère de la Défense dans un communiqué.

Selon le ministre, la progression des islamistes vers le sud du pays n’est pas encore «totalement empêchée». Les colonnes «terroristes» descendaient depuis jeudi «par deux voies», «la voie ouest et la voie est», a-t-il souligné. Si la seconde n’avance plus, sur la voie ouest les accrochages continuent.

La France affronte des groupes islamistes sont mieux équipés et armés que prévu, a glissé l’entourage François Hollande. «A l’origine, on pouvait penser qu’il s’agissait de quelques soudards à bord de Toyota avec quelques armes mais les groupes ont récupéré en Libye un matériel moderne sophistiqué, beaucoup plus robuste et efficace que ce qu’on pouvait imaginer», explique-t-on.

• Des renforts français et africains

Des militaires français sont arrivés samedi à Bamako en provenance de Côte d’Ivoire et du Tchad. Ces hommes «seront rejoints par d’autres qui arriveront directement de la France dans les heures qui suivent. D’ici à lundi prochain, le groupe sera au complet et opérationnel aux côtés de leurs frères maliens au front», a affirmé la télévision publique l’ORTM, sans fournir de nombre. Interviewé, le commandant du détachement français au Mali, le colonel Paul Gèze, a déclaré: «Mes souhaits, quant à la mission» assignée, «c’est de la réussir le plus rapidement possible, dans les meilleures conditions possibles, avec toujours le souci de la sécurité des personnes – que ce soit de la population malienne, de mes hommes ou de l’armée malienne».

La Grande-Bretagne annonce qu’elle va fournir une assistance militaire logistique à la France mais ne déploiera pas de personnel en situation de combat.

Des troupes originaires de plusieurs pays africains sont également attendues. Le Burkina Faso, le Togo le Niger et le Sénégal vont déployer chacun un bataillon de 500 hommes, le Bénin 300. Le Nigeria affirme avoir envoyé une équipe technique de l’armée de l’Air ainsi que le commandant de la future force internationale. Le sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui doivent former une force d’intervention contre les islamistes occupant le nord du Mali, n’aura pas lieu mercredi mais samedi prochain à Abidjan.

• Villepin défavorable à l’intervention française

Alors que la classe politique soutient dans sa majorité l’intervention française au Mali, Dominique de Villepin a fait entendre sa voix discordante dans une tribune au Journal du Dimanche, intitulée «Non, la guerre ce n’est pas la France». «L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la guerre contre le terrorisme m’inquiètent», écrit celui qui avait porté en février 2003 à l’ONU le «non» de la France à la guerre en Irak et qui ne cite jamais le nom de François Hollande.

Pour Villepin, «au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie». «Nous nous battrons à l’aveuglette. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’Aqmi sont autant de guerres différentes», ajoute-t-il. Dénonçant un partenaire malien instable politiquement, il dénonce aussi le manque «d’appui régional solide».

lefigaro.fr

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