Chaos politique au Pakistan

Le premier ministre est en état d’arrestation, tandis que la capitale, Islamabad, est paralysée par 50.000 manifestants.

Est-ce une tentative de coup d’État? Mardi, le Pakistan s’est enfoncé dans une grave crise politique. La Cour suprême a ordonné l’arrestation du premier ministre, Raja Pervez Ashraf, pour son implication dans un scandale de corruption.

L’ordre de la plus haute instance judiciaire pakistanaise intervient alors qu’environ 50.000 manifestants campent devant le Parlement à l’appel d’un religieux modéré, Tahir-ul-Qadri. À quelques mois des législatives, il exige l’inéligibilité des politiciens corrompus et la formation d’un gouvernement intérimaire, nommé par les juges et les militaires d’ici au scrutin. Après avoir rassemblé 100.000 personnes à Lahore le 23 décembre, Tahir-ul-Qadri a accentué la pression dimanche sur le gouvernement du Parti du peuple pakistanais (PPP) en marchant vers Islamabad. Arrivé dans la capitale lundi, il a lancé un ultimatum au président: la dissolution de l’Assemblée nationale et la démission du gouvernement avant mardi 11 heures… ou la révolution!

Coupures de courant, pénurie de gaz, croissance économique atone, attentats en série… Après cinq ans à la tête du pays, le bilan du PPP est catastrophique. Tahir-ul-Qadri n’a aucun mal à mobiliser une population qui n’a plus grand-chose à perdre. Mardi 11 heures, l’ultimatum expire, le gouvernement ne cède pas. Tahir-ul-Qadri s’adresse à la foule deux heures plus tard: «La révolution vient de commencer!» La foule scande: «Nous voulons le changement!» Encore deux heures plus tard, et coup de théâtre: la Cour suprême ordonne l’arrestation du premier ministre pour corruption. La foule jubile.

Aucun commentaire de l’armée

Pervez Ashraf est accusé d’avoir touché des pots-de-vin dans le cadre d’un contrat portant sur l’installation de centrales électriques lorsqu’il était ministre de l’Énergie, de 2008 à 2011. Le timing de la décision de la Cour interpelle. Alors que l’enquête est en cours depuis environ deux ans, les juges ordonnent l’arrestation du premier ministre au moment où la manifestation bat son plein. Et alors que le PPP et l’opposition doivent se mettre d’accord pour former un gouvernement de transition jusqu’aux législatives du printemps.

«Le fait que la Cour suprême rende cette décision en même temps que la manifestation prouve qu’elle s’est concertée avec Tahir-ul-Qadri pour tenter de renverser le gouvernement», s’exclame Ali Dayan Hasan, le représentant de Human Rights Watch au Pakistan. De son côté, l’armée, qui n’a jamais entretenu de bons rapports avec le gouvernement et que beaucoup soupçonnent de vouloir déstabiliser le pouvoir civil, n’a fait aucun commentaire. Son porte-parole demeurait injoignable mardi.

Le sort du gouvernement de Raja Pervez Ashraf demeure incertain. Toutefois, même en état d’arrestation, le premier ministre peut rester à son poste. Il n’a pas été condamné et n’est donc pas inéligible. En attendant, le PPP prépare sa riposte. Le président de la République et coprésident du PPP, Asif Ali Zardari, a convoqué une réunion avec les représentants des partis membres de la coalition gouvernementale mardi soir.

lefigaro.fr

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