La France encore bien seule dans la bataille malienne

Les pays membres de l’UE doivent se réunir jeudi pour tenter de concrétiser leur soutien diplomatique.

L’Europe de la défense, source inépuisable de fières ambitions et de longs débats, n’en sort sûrement pas grandie: cinq jours après avoir donné un coup d’arrêt à l’offensive djihadiste au cœur du Mali, la France se découvre à peu près seule dans la bataille, bien que son entrée en scène jouisse d’un soutien diplomatique unanime.

Implicitement, François Hollande vient de reconnaître l’absence durable des Européens dans la bataille en expliquant que Paris s’est donné pour objectif de «donner aux Africains la possibilité de chasser les terroristes»hors du Mali. Laurent Fabius, chef de la diplomatie, veut encore croire que la France n’a pas vocation à agir seule. Mais Alain Vidalies, ministre des Relations avec le Parlement, déplore ouvertement «une mobilisation minimale» du côté de l’UE et des «absences un peu regrettables».

Au sens large, la crise malienne marque un nouveau rétrécissement de l’envergure militaire de l’Europe, moins de deux ans après l’offensive alors controversée lancée contre Kadhafi – avec le soutien de l’Otan. L’enthousiasme à dépêcher des troupes se trouve aujourd’hui inversement proportionnel à la légitimité reconnue de la cause.

«La France n’a que de bonnes raisons de vouloir mettre hors d’état de nuire les bandes de gangsters et de trafiquants qui occupent le nord du Mali. Là-bas, le refus de se battre confine à la lâcheté», reconnaît l’eurodéputé Vert Jean-Paul Besset, à rebrousse-poil de l’argumentaire non-violent des écologistes. Et pourtant. «Le soutien politique est unanime, mais lorsqu’il faut agir, on ne trouve plus personne, enchaîne Arnaud Danjean, expert des questions militaires et eurodéputé UMP. Au bout du compte, la France ne peut vraiment compter que sur les Américains ou sur les Anglais…»

Prêcher dans le désert

Où qu’ils regardent en Europe, la diplomatie française et l’état-major risquent de ne trouver que de bonnes excuses. L’Allemagne, dernière puissance européenne à accroître son budget militaire, ne peut pas engager un soldat ou un blindé sans un vote au Bundestag, scénario dont Angela Merkel se défie en période électorale. L’Italie, elle aussi en pleine campagne législative, et l’Espagne, financièrement lessivée par la crise, ne montrent aucun enthousiasme. Au Nord, les contributeurs aguerris de l’Otan que sont les Pays-Bas et le Danemark s’intéressent assez peu à l’Afrique. À l’Est, la Pologne rappelle qu’elle reste engagée en Afghanistan…

Ni le débat lancé mardi au Parlement européen, ni le rendez-vous des 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE convoqué jeudi à Bruxelles ne bouleverseront la donne sur le front malien. Tout au plus les chefs de la diplomatie pourront-ils tirer le bilan décevant d’une «Initiative pour le Sahel», lancée à grand fracas en mars 2011 pour renforcer des pays comme le Mali. Si Bruxelles a effectivement alloué les crédits, le volet militaro-sécuritaire n’a jamais suivi. «Cela fait deux ans que Paris prêche dans le désert», dit Arnaud Danjean. Avant de lancer l’opération «Serval», la France espérait sûrement un appoint militaire européen, même si elle n’en a pas fait un préalable. L’absence de renforts de l’UE vient en tout cas compliquer les calculs de l’état-major sur la «deuxième phase», après plusieurs jours de bombardements qui ont réussi à bloquer l’avancée djihadiste.

La voix singulière de la Tunisie critique l’intervention française

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, la Tunisie s’est dite opposée par principe à toute opération militaire non africaine sur le continent, au moment où la France mène une intervention armée au Mali contre des combattants islamistes. «Nous considérons que les problèmes qui se posent en Afrique doivent être résolus dans un cadre africain», a déclaré le chef de la diplomatie tunisienne. «D’une façon générale, nous sommes contre une intervention étrangère dans tous les cas de figure», a-t-il ajouté. Rafik Abdessalem est issu du parti islamiste Ennahda, qui dirige le gouvernement tunisien. L’opération menée parla France a été montée à la demande des autorités maliennes en attendant la formation d’une force africaine. Elle a reçu le soutien unanime du Conseil de sécurité de l’ONU et des membres de l’UE. Le président tunisien, Moncef Marzouki, s’était déjà gardé le week-end dernier d’apporter son soutien à l’intervention française, indiquant qu’il aurait «préféré une solution politique négociée». Il a cependant jugé que le nord du Mali, sous contrôle des djihadistes, était aussi un danger pour la Tunisie, le pays étant devenu «un corridor» pour approvisionner les forces islamistes en armes.

lefigaro.fr

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