L’armée malienne relève la tête

La reprise de Konna a redonné le moral aux soldats soutenus par les 1800 hommes des forces françaises.

La nouvelle s’est répandue vendredi dans Sévaré et Mopti comme une délivrance: l’armée malienne a repris Konna. La ville était tombée, huit jours plus tôt, entre les mains des milices islamistes, laissant craindre une offensive générale sur le Mali et déclenchant l’intervention française. «C’est un soulagement», assure Amoudou, barman qui, il y a peu encore, avait caché ses bouteilles d’alcool, s’attendant au pire.

Le colonel Didier Dacko affiche, lui aussi, une mine satisfaite, juste barrée par un pli soucieux. «Nous avons totalement repris Konna. Il reste juste quelques opérations de nettoyage, de ratissage», explique l’officier en charge des opérations sur ce front. Selon lui, l’attaque a été lancée il y a deux jours. Harcelés par les bombardements aériens français, les djihadistes avaient choisi de se réfugier dans la savane. «Nous nous sommes heurtés à forte partie. Ils s’étaient cachés dans la brousse à une quinzaine de kilomètres de la cité.» Les tirs, surtout à l’arme légère, auraient duré plusieurs heures, faisant quatre blessés et un mort dans les rangs de l’armée malienne. En face, les pertes restent inconnues. «Nous avons détruit au moins six pick-up et sans doute tué des hommes.» Jeudi, à la tombée de la nuit, les soldats maliens ont pu reprendre pied dans Konna, devenue une ville ouverte. «Mais il faut encore faire attention. Il est possible que des islamistes se soient fondus dans la population civile et attendent pour intervenir.»

«Sans les Français, rien n’était possible»

Cette première victoire, après une longue succession de défaites, a tout de même été fêtée. À la sortie du camp Ba Lobo Bakary, au centre de Sévaré, des 4 × 4 Toyota neufs entrent et sortent. Sur l’un, les hommes, bonnet noir sur la tête, serrent le poing d’un air gaillard.

Le colonel se garde bien d’afficher un tel enthousiasme. L’homme a trop d’expérience. Lors de la débandade de l’armée malienne, il fut l’un des rares commandants maliens, avec Ould Meidou et El Hadj Ag Gamou, à tenir ses positions aussi longtemps qu’il fut possible. Alors il préfère aujourd’hui être prudent. «C’est un symbole. Le début de la reconquête du Nord.» Il sait que les islamistes rencontrés n’étaient sans doute pas les plus hargneux. Depuis plusieurs jours, des fuites de miliciens au nord vers Douenza avaient été signalées. «Contrairement à ce que l’on dit souvent, les islamistes n’ont pas offert une énorme résistance», souligne-t-il. Il sait aussi que l’appui des forces françaises fut nécessaire. «Il a même été substantiel», lance-t-il, sans en dire plus.

Selon Bala Coulibaly, le secrétaire de la préfecture de Konna, «ce sont les Français et les Maliens ensemble qui sont entrés en ville». L’homme, recherché, a dû vite quitter sa ville. «Je suis parti le samedi en moto, car c’était trop dangereux pour moi.» Ses administrés le tiennent depuis au courant. «Jeudi soir, ils ont tous vu entrer dans la ville des soldats blancs et des soldats maliens à pied. Mais il n’y avait pas de combats. Les islamistes étaient partis. Ils entraient simplement.» Tous ont aussi entendu le survol d’hélicoptères pendant la nuit. «C’est les Français qui nous ont aidés. Sans cela, rien n’était possible.» La nuit précédant sa fuite, il a assisté aux premiers bombardements de l’aviation française sur Konna. «Ils ont touché le rond-point à l’entrée de la ville et aussi le logement du sous-préfet, où s’étaient installés les islamistes», explique-t-il. La scène semble l’avoir un rien traumatisé. «Un enfant qui voulait aller voir ce qui se passait a été tué, explique-t-il. Mais tout ça, maintenant, c’est du passé.» Il attend pour rentrer chez lui. «La route n’est pas encore sûre. Il y a encore des balles et des embuscades.»

lefigaro.fr

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