Mali : les forces françaises aux portes de Tombouctou

Après avoir pris Gao, les militaires de l’opération «Serval» ont pris le contrôle des accès à la célèbre ville du désert. Dans leur fuite, des islamistes ont mis le feu à un institut abritant des manuscrits datant de plusieurs siècles.

C’est un tournant dans la guerre au Mali. Deux semaines après le déclenchement de l’opération «Serval», les forces françaises et maliennes contrôlent l’aéroport de Tombouctou et les accès routiers à la ville, au terme d’une opération terrestre et aérienne menée dans la nuit de dimanche à lundi. Les forces armées n’auraient rencontré aucune résistance de la part des islamistes à l’aéroport. Le contrôle permet lui d’éviter aux islamistes de s’enfuir vers le nord.

Après avoir pris Gao, samedi, les militaires français et maliens ont foncé vers le nord-ouest et se sont arrêtés devant cette ville historique, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Le double mouvement militaire vers Gao et Tombouctou a été précédé d’une trentaine de sorties aériennes, selon le ministère français de la Défense. Avec la prise des accès à Tombouctou, la coalition contrôle désormais la «Boucle du Niger», entre la cité du désert et Gao.

«A charge maintenant pour les unités maliennes, de reprendre le contrôle administratif et sécuritaire de la ville», déclaire un porte-parole de l’armée française. «On les appuiera si nécessaire.» Un millier de militaires français ont participé à l’opération, ainsi que 200 Maliens.

Des manuscrits inestimables brûlés

La conquête de la ville n’est cependant pas acquise. «Les troupes françaises et maliennes ne sont pas encore au centre-ville. Nous avons quelques éléments en ville, peu nombreux. Mais les islamistes ont fait des dégâts avant de partir. Ils ont brûlé des maisons et des manuscrits. Ils ont battu jusqu’au sang les populations qui manifestaient leur joie», affirme un soldat malien.

Cette information a été confirmée par le maire de la ville, qui indique que les islamistes ont incendié l’une des grandes bibliothèques de Tombouctou. «Les rebelles ont mis le feu au nouvel institut Ahmed Baba , récemment construit par les Sud-Africains (…) Cela s’est produit il y a quatre jours», explique l’élu.

L’institut Ahmed Baba, fondé en 1973, est un centre de conservation de milliers de manuscrits arabes d’une valeur inestimable, datant parfois du XIIIe siècle. Un nouvel édifice avait été inauguré en 2009. Selon le site officiel de l’institut, on y trouve ,«outre des ressources ultramodernes destinées à l’archivage et à la conservation des manuscrits, des facilités aux chercheurs telles que des salles de conférences, une salle de cours, une bibliothèque ainsi que des logements pour chercheurs venus de l’étranger». Le maire de Tombouctou n’a pas pu préciser l’ampleur des dégâts.

La prise de Tombouctou risque de se révéler difficile

«Tombouctou, c’est délicat. On n’y entre pas comme ça», souligne un militaire malien. Les soldats devront pénétrer dans un dédale de ruelles de pisé parsemées de mosquées et de monuments anciens. Toute la question est de savoir si les combattants islamistes ont l’intention de s’y retrancher afin d’y mener une guérilla urbaine, ou s’ils abandonneront la ville afin de se replier dans des lieux plus sûrs.

Gao, à 1200 km au nord-est de Bamako, était tombée samedi au cours d’une opération spectaculaire: des membres des forces spéciales françaises appuyés par l’aviation s’étaient d’abord emparés de l’aéroport et d’un pont stratégique. Puis des soldats tchadiens et nigériens étaient venus par avion du Niger voisin, marquant ainsi l’entrée des troupes de la force africaine sur le théâtre des opérations malien.

La prise de Tombouctou risque de se révéler plus difficile. Gao était tenue par le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) qui semble avoir voulu au dernier moment parlementer avec la France. Un porte-parole avait affirmé samedi vouloir «négocier la libération» d’un otage français, Gilberto Rodriguez Leal, enlevé en novembre 2012 dans l’ouest du Mali. Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a répondu en refusant «les logiques de chantage».

Un chef d’Aqmi réfugié à Kidal

Tombouctou, en revanche, est aux mains des combattants en majorité arabes d’Aqmi, (al-Qaida au Maghreb islamique) plus aguerris et déterminés.

Une troisième ville reste à prendre: Kidal, plus au nord-est. C’est là que se seraient retirés l’Algérien Abou Zeid, l’un des principaux émirs d’Aqmi, et Iyad ag Ghali, le chef d’Ansar Dine, le mouvement islamiste armé touareg. La maison que possède ce dernier à Kidal a d’ailleurs été bombardée par l’aviation française, ainsi qu’un camp militaire, selon une source de sécurité malienne citée par l’Agence France-presse.

Les islamistes se seraient abrités dans les montagnes de la région. Avec ce repli, pourrait commencer une nouvelle phase du conflit. Après les offensives éclair des blindés légers sur roues traçant dans les grands espaces, une guerre de guérilla et de coups de main pourrait commencer. Immergés dans la population, où ils ont noué de nombreuses alliances, les djihadistes pourraient décider de mener un combat de guérilla, voire d’attentats terroristes sur les arrières.

Ils devraient se retrouver progressivement face aux troupes africaines. Les chefs d’état-major de la région ont porté samedi à 7700 hommes les effectifs promis dans le cadre de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) soit 2000 de plus que prévu.

Le cavalier seul du Tchad

Liberia, Guinée-Bissau, Burundi, Guinée et Ouganda doivent y être associés, mais on ignore si les problèmes de financement, de transport et d’équipement ont été résolus. Pour l’heure, seuls 1900 soldats africains sont arrivés au Mali. Le chef de l’État béninois, Boni Yayi, président sortant de l’Union africaine (UA), a déploré dimanche la lenteur de la réaction du continent. «Comment se fait-il que, face à un danger qui menace ses propres fondations, l’Afrique, bien qu’elle ait les moyens de se défendre, continue à attendre?» a-t-il demandé lors d’un sommet de l’UA à Addis-Abeba, avant de remettre la présidence à l’Éthiopie.

Le Tchad, seul pays africain à être intervenu sans délai, ne fait pas partie de la Misma. Après les soldats envoyés par avions sécuriser Gao, une longue colonne de véhicules blindés et de plusieurs centaines de militaires tchadiens, bien équipés et rompus à la guerre du désert, a quitté Niamey samedi en direction du Mali. La montée en puissance sur le terrain de ce pays au régime controversé risque de poser à terme un problème politique à la France. Les islamistes ­touaregs, eux, retrouveront de vieilles connaissances. Des éléments de la garde présidentielle s’étaient retrouvés à leurs côtés pour défendre Kadhafi. Cette fois, ils seront ennemis.

lefigaro.fr

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