L’appel au peuple du nouvel Obama

À l’orée de son second mandat, le président compte sur la mobilisation de ses partisans pour surmonter les réticences du Congrès sur ses projets de budget ou de contrôle des armes à feu.

Comme l’avait fait Harry Truman face à une opposition républicaine coriace,Barack Obama a choisi l’appel au peuple comme méthode de gouvernement pour son deuxième mandat à l’agenda chargé de lourds défis en matière de budget, de contrôle des armes et de réforme de l’immigration. Le président vient ainsi d’annoncer la création d’un nouveau mouvement destiné à mobiliser le pays, «Organizing for Action» («S’organiser pour l’action»), qui sera structuré à partir de son ancienne machine de guerre électorale.

Mais Obama dispose de deux atouts maîtres que son prédécesseur de l’après-guerre n’avait pu mettre dans la bataille, et pour cause: tout d’abord Internet et la puissance des réseaux sociaux comme moyen de mobilisation politique, instrument qui a lui particulièrement réussi en 2008 et 2012. D’autre part ses deux gourous électoraux, David Plouffe et Jim Messina, qui vont à nouveau retrousser leurs manches pour organiser cette nouvelle aventure. «Nous avons commencé tout ça comme une campagne pour la primaire présidentielle de 2007, mais il s’agit de quelque chose de plus grand que de gagner une élection», a écrit le président à ses électeurs, appelant à maintenir la pression de l’opinion publique pour triompher des blocages politiques qui ont paralysé son premier mandat. Organizing for Action sera dirigé par son ex-chef de campagne Jim Messina auquel se joindront plusieurs intimes d’Obama, dont David Plouffe et ses anciens porte-parole, Robert Gibbs et Stephanie Cutter.

«Nous avons une opportunité remarquable de changer notre pays en ce moment précis et si nous sommes capables d’utiliser l’enthousiasme et la passion qui ont habité la campagne et les canaliser pour le travail qui nous attend, personne ne pourra nous arrêter», a dit le président. «Cette initiative représente une tentative de structuration dans le temps d’une société civile progressiste qui avait perdu sa force depuis la fin des années 1970», note le journaliste Hedrick Smith. Dans son dernier livre, Qui a volé le rêve américain?, ce dernier appelle à une mobilisation des citoyens en faveur d’une réforme profonde du système politique, expliquant qu’elle permettrait au camp libéral et démocrate de se réorganiser face à un camp conservateur qui, depuis les années 1980, a créé un réseau de groupes d’influence extrêmement puissant, notamment à travers ses impressionnants réseaux de radios locales conservatrices et ses liens avec les intérêts corporatistes. «De ce point de vue, le mouvement Tea party s’est révélé très efficace alors qu’à gauche, Occupy Wall Street s’est essoufflé par naïveté et manque de vision», explique Smith.

Les deux Amérique

La force potentielle du mouvement Organizing for Action viendra notamment de l’extraordinaire base de données de millions d’électeurs dont dispose l’appareil de campagne d’Obama. Le statut juridique de la nouvelle organisation lui permettra d’accepter des contributions anonymes, si elle le souhaite. Les démocrates du Congrès s’en réjouissent, espérant profiter de ce nouveau levier pour reprendre la Chambre pendant les élections de mi-mandat de 2014. Mais les ONG, qui militent pour la transparence des financements de campagne, jugent que la montée en puissance de donateurs privés anonymes discréditerait Obama, qui avait jusqu’ici critiqué les PAC républicains et leur refus de faire la lumière sur l’origine de leurs fonds. Le journal Politico s’inquiète à ce titre de la fusion possible d’Organising for Action avec le groupe Common Purpose d’Eric Smith, une structure qui a rassemblé des centaines de millions de dollars pour les démocrates depuis 2005. Avec Organizing for Action, Obama va se battre contre la formidable machine du lobby des armes en utilisant les mêmes techniques que la National ­Rifle Association: une pression massive et continue de l’opinion sur les élus du Congrès. «Le président a l’appareil de campagne le plus excitant qui ait jamais été construit, explique Robert Gibbs, son ancien porte-parole. Si la NRA a une liste (de supporteurs, NDLR) “Obama pour l’Amérique” en a une encore plus longue.» La marche contre les armes à feu attendue ce samedi à Washington DC, avec la participation de nombreux groupes civiques favorables à une réforme des lois sur les armes, sera un premier test important.

Si elle est massive, elle mettra le Congrès sous pression alors que la sénatrice démocrate de Californie Diane Feinstein vient de déposer ce jeudi un projet de législation interdisant les fusils d’assaut et limitant la taille des chargeurs à dix coups. La semaine dernière, la NRA avait appelé ses partisans à montrer les dents en organisant une journée de mobilisation des «amoureux des armes». «Nous allons nous battre pied à pied», avait confié un instructeur de la National Rifle Association rencontré dans une foire aux armes de Virginie-Occidentale, hostile à toute mesure de contrôle. Les deux Amérique n’ont pas fini de s’affronter.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, International, Société. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir