Le Mali face au défi de la réconciliation

Le dialogue national souhaité par la France se heurte à deux questions : avec qui parler, et de quoi.

«Je suis optimiste. Nous allons trouver les ressorts nécessaires pour nous parler et trouver des compromis.» Ce membre du cabinet du président malien de transition, Dioncounda Traoré, l’assure: «La mise en place de la Commission nationale de réconciliation est dans les tuyaux. C’est pour bientôt.»

Après l’appel lancé mercredi par la France aux autorités maliennes,Dioncounda Traoré a affiché sa disponibilité pour le dialogue. En précisant que, de tous les groupes armés présents au nord du Mali, seul le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) peut être un interlocuteur légitime, «à condition qu’il renonce à toutes ses prétentions territoriales».

Les indépendantistes touaregs n’y étant pas prêts, le dialogue risque de tourner court. D’autant que, pour ce ­collaborateur du président malien, «les gens sont franchement remontés contre le MNLA. Je ne sais pas comment ils pourront leur pardonner.» Dans le sud du pays, l’idée est répandue que le MNLA est à l’origine de la crise, pour avoir pris les armes il y a un an.

Sur la mise en œuvre de la Commission de réconciliation tant attendue, la présidence ne donne «ni timing ni contours». Mais le dialogue national est «un préalable nécessaire pour savoir qui veut quoi», dit un officiel à Bamako.

Tiébilé Dramé, ancien ministre et président de la Coalition pour le Mali (organisation de la société civile qui a œuvré ces derniers mois pour promouvoir une solution négociée dans le Nord) revient de New York et de Paris où il a rencontré «beaucoup de monde» pour «préparer l’avenir». Selon lui, ce dialogue doit être le plus large possible: «Au-delà du MNLA, il faut parler avec l’ensemble des communautés du Nord. De leur place, du développement de ce territoire, des relations avec le sud du pays… Je vois une conférence nationale intermalienne, où les représentants de toutes les communautés discuteraient.» Une manière de respecter la société traditionnelle, sa hiérarchie et ses grandes familles. Une manière aussi de contourner les groupes les plus gênants.

Tiébilé Dramé, qui soutient les autorités de transition, se dit prêt à parler avec le MNLA – «s’il accepte de revenir dans la République», ce qui n’est pas le cas. Mais le collaborateur du président de transition préfère les relais traditionnels, «une façon de marginaliser, de contourner le MNLA».

L’enjeu de la décentralisation

Principale piste pour préparer la réconciliation nationale: la décentralisation, qui permet de donner davantage de pouvoir aux élus locaux. Un processus ébauché dès 1999: «Elle a permis aux populations de prendre leurs affaires en main, soutient Tiébilé Dramé, mais il faut chercher à l’approfondir.»

Il propose deux voies: «On peut aller jusqu’à l’élection de l’exécutif régional, c’est-à-dire des gouverneurs, si c’est ce que veulent les populations. Il y a surtout la question du transfert des ressources et des compétences, pour que les élus des régions aient de véritables pouvoirs.»

Cette forme de réponse aux ambitions indépendantistes touaregs ne fait déjà pas l’unanimité au sein des autorités politiques: «Personnellement, dit encore un cadre du ministère de la Communication, ancien de l’Administration territoriale, je ne pense pas que ce soit une question d’autonomie. La décentralisation ne peut pas régler les problèmes: il s’agit d’abord de pauvreté et d’un manque de ressources.» Et de conclure: «Les Touaregs ne se sont jamais adaptés.» La réconciliation nationale promet d’être un long processus.

lefigaro.fr

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