L’euro fort ravive les tensions entre la France et l’Allemagne

Peu avant le sommet de Bruxelles, le gouvernement allemand réplique sèchement à François Hollande au sujet du niveau de l’euro.

L’attaque surprise de François Hollande contre l’euro fort, mardi à Strasbourg, n’a pas tardé à faire réagir les Allemands, allergiques à toute tentative d’emprise du monde politique sur le taux de change. «La politique de change n’est pas un instrument adapté pour améliorer la compétitivité», a affirmé Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel. «Le gouvernement allemand est convaincu qu’en comparaison historique, l’euro n’est pas surévalué à l’heure actuelle», a-t-il ajouté.

À 1,35 dollar, Paris juge l’euro «trop fort», pénalisant pour ses exportateurs, et sa croissance. «La parité de l’euro ne correspond pas à la valeur réelle de son économie», a affirmé François Hollande devant les eurodéputés. Tel n’est pas le point de vue de Berlin qui juge que le cours actuel de l’euro est «source d’optimisme» car il montre que «la confiance dans la zone euro est en train de revenir».

Indépendance de la BCE

Le désaccord franco-allemand sur les changes augure mal de l’ambiance au sommet à Bruxelles. Il ravive les tensions entre Paris et Berlin au pire moment, à l’heure où la France a besoin du carnet de chèque allemand, pour obtenir un budget européen de «croissance». Côté allemand, l’offensive française apparaît d’autant plus déplacée qu’elle intervient à la vieille d’une réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, à Francfort. La BCE est la seule institution qui puisse faire bouger les changes, en modifiant son taux directeur. Mais, indépendante par son statut, elle s’interdit de prendre ses ordres dans les capitales.

Ce qui n’a pas empêché Pierre Moscovici d’enfoncer le clou, ce mercredi à Paris: «l’euro s’est apprécié de 6,5 % ces derniers mois» par rapport aux autres devises, a-t-il rappelé. «Si cela durait un an cela pourrait nous coûter 0,3 % de croissance», a-t-il ajouté, décidé à «évoquer la question» à la table de l’Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances de la zone euro, lundi à Bruxelles.

Si va-t-en guerre soit-il, Pierre Moscovici se heurtera à un mur allemand. Non seulement Berlin ne juge pas l’euro surévalué, mais le gouvernement allemand estime, sur le fond, que «les changes doivent refléter les fondamentaux économiques» et que «les changes flexibles sont les mieux adaptés». C’est le point de vue «du G8 et du G20», rappelle-t-on à Berlin, pour mieux souligner la singularité de la France qui souhaite que «la zone euro se dote d’une politique de change».

La France ne compte pas beaucoup d’alliés dans la zone euro pour se plaindre du cours de la monnaie unique et de la politique monétaire de Mario Draghi. «Cette éruption périodique de la France sur les changes, cela fait rigoler tout le monde !» commente l’économiste français Charles Wyplosz, professeur à l’Institut des hautes études internationales à Genève, et spécialiste des questions monétaires. «Profondément la France n’a jamais accepté un taux de change qui flotte, ni une BCE indépendante», rappelle-t-il. «L’euro s’apprécie, c’est vrai, et c’est la pire chose qui puisse nous arriver aujourd’hui, car seules les exportations peuvent nous sortir de la récession», reconnaît l’économiste «mais, face à cela, que faire? Pas grand-chose! La seule institution qui puisse agir – et encore! – c’est la BCE. Mais faire mine de lui donner des instructions depuis Paris, c’est totalement contre-productif !»

Mario Draghi profitera sans doute de la réunion de la BCE ce jeudi pour rappeler sa doctrine en la matière: «Pour nous, l’euro est un indicateur, ce n’est pas un objectif de politique monétaire.»

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, Economie. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir