Comment l’ONU a détecté l’explosion nord-coréenne

L’ONU a été informée de l’explosion nucléaire nord-coréenne par son agence spécialisée, avant même que le régime ne l’annonce officiellement.

Les séismes sont rares, en Corée du Nord. Ceux qui dépassent 5 sur l’échelle de Richter, encore plus. Quand l’organe spécialisé des Nations Unis a détecté le séisme nord-coréen mardi matin, aucun doute n’était permis: il s’agissait d’une explosion nucléaire.

Pour parvenir à ces conclusions, avant même que le régime ne confirme l’explosion, l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO) a développé un impressionnant système de détection. Ses 160 stations sismiques et 337 enregistreurs sont repartis dans 89 pays et sur tous les océans du globe. Les données enregistrées via ces stations sont automatiquement transmises de façon cryptée à un centre d’étude basé à Vienne, en Autriche, grâce à cinq satellites. En théorie, affirme-t-elle, «aucun test nucléaire réalisé dans le monde ne peut nous échapper».

Une infime marge d’erreur

Mardi, les stations de détection se sont activées à 3 heures 57 et 51 secondes (heure de Paris). Au moins 25 stations ont détecté l’explosion. L’une d’entre elle est située en Corée du Sud mais des stations installées en Europe, au Pôle sud et en Californie l’ont aussi enregistrée.

En croisant les informations récupérées par les stations, l’agence est capable de retrouver la position géographique quasi-exacte des essais. La marge d’erreur n’est que de 16 kilomètres. Résultat: l’essai de lundi a probablement été effectué au même endroit que les trois autres, au nord est du pays, à plus de 350 kilomètres de Pyongyang, la capitale.

Selon les premières estimations de la CTBTO, l’expérience nord-coréenne a été menée à une faible profondeur (moins d’un kilomètre). La procédure est toujours la même: des puits d’un à trois mètres de large sont creusés dans la roche. Une fois les engins atomiques installés, les tunnels sont comblés avec du gravier, du sable et d’autres matériaux. Mardi, comme pendant tous les essais nucléaires de l’histoire, l’énergie de l’explosion a été libérée en moins d’un millionième de seconde.

Un coup de bluff?

Les Coréens auraient-ils pu faire croire à un essai nucléaire en faisant sauter une quantité suffisante d’explosifs traditionnels? La question s’était posée en 2009, car aucun gaz xénon, habituellement dégagé pendant les tests nucléaire, n’avait été détecté par les stations de l’ONU. Mais la nature de l’explosion de lundi matin ne fait aucun doute: il aurait fallu réunir plusieurs milliers de tonnes d’explosifs conventionnels et les déclencher simultanément pour espérer réussir ce «bluff nucléaire». «C’est quasiment impossible car une telle logistique serait vite détectée», expliquait Paul Richards, de l’université de Columbia, en 2009.

Quelques heures plus tard, le ministère sud-coréen de la Défense livrait une estimation de la puissance de l’explosion: entre six et sept kilotonnes. C’est plus que les deux essais précédents réunis. Deux fois moins que l’énergie dégagée par la bombe d’Hiroshima.

Le prochain défi des spécialistes de l’ONU sera de découvrir quel matériau fissile Pyongyang a utilisé, plutonium ou uranium, pour déterminer l’avancement technologique du régime nord-coréen. Il faudra pour cela détecter puis analyser le gaz xénon dégagé par l’explosion, si celle-ci n’est pas restée parfaitement confinée dans la roche.

Quelle taille faisait la bombe? Les Nord-Coréens sont-ils en mesure de monter encore en puissance? Des questions auxquelles seule une (improbable) inspection du site, en bonne et due forme, pourrait répondre.

lefigaro.fr

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