Les ambitions d’Obama pour son deuxième mandat

Tout au long de son discours sur l’état de l’Union, mardi soir, le président américain a invité le Congrès à dépasser ses divisions, pour favoriser la reprise économique, mais aussi une nouvelle réglementation des armes.

C’est un président sans complexes sur ses convictions, et plaidant pour un engagement actif de l’État fédéral dans la relance du moteur de la croissance et de l’emploi, qui a présenté mardi soir son plan d’action pour les 4 ans à venir, dans un long discours catalogue sur l’état de l’Union.

La politique étrangère a été l’enfant pauvre de cet exercice obligé. Même si Barack Obama a mis en garde l’Iran et la Corée du Nord sur la prolifération nucléaire, annoncé son intention de négocier de nouvelles réductions de son arsenal avec les Russes, confirmé une réduction de moitié du contingent américain en Afghanistan et annoncé le lancement d’un grand partenariat transatlantique visant à négocier un accord de libre commerce avec l’Europe, un message très attendu à Bruxelles.

L’économie. «La seule réduction des déficits ne peut être un plan économique», a lancé Obama à ses adversaires républicains pour justifier son approche de croissance keynésienne, les appelant à l’aider à libérer les énergies et attirer de nouveaux emplois vers les rives de l’Amérique. Très rooseveltien, le chef de l’État, qui avait déjà frappé les esprits par son discours d’investiture très offensif il y a un mois, a égrené une longue liste d’initiatives qu’il entendait défendre pour stimuler l’innovation et la recherche, améliorer l’éducation maternelle, secondaire et supérieure, venir à bout des poches de pauvreté, relever le salaire minimal et reconstruire ponts, écoles et autres infrastructures à travers le pays. Il a promis que «toutes les mesures qu’il proposait n’ajouteraient pas un centime de plus aux déficits», phrase qui paraît toutefois un peu difficile à croire, et que ses adversaires républicains Paul Ryan et Newt Gingrich ont aussitôt mise en doute.

«L’Amérique mérite un code fiscal plus simple»

Décidé à éviter l’avalanche de coupes budgétaires automatiques qui doit se mettre en marche dès le 1er mars si les élus ne se mettent pas d’accord sur un plan de réduction des dépenses, Barack Obama a plaidé pour des économies «intelligentes» et une «approche équilibrée» entre hausses d’impôts et coupes budgétaires, fidèle en cela à ses promesses de campagne. «L’Amérique mérite un code fiscal plus simple», a-t-il dit. Mais il n’en a pas moins admis que les démocrates devraient faire des concessions sur les systèmes de protection sociale, tandis que les républicains devraient lâcher du lest sur la question du budget militaire. Il va falloir réduire les coûts de la santé, a-t-il notamment dit, prônant l’utilisation des propositions de la commission Simpson Bowles, sur la question de Medicare (la protection santé des retraités). «Les Américains n’attendent pas de l’État qu’il résolve tous leurs problèmes, mais ils attendent que nous mettions l’intérêt de la nation au dessus de celui des partis», a martelé le président.

Le changement climatique. Comme cela avait déjà été le cas le 21 janvier dans le discours d’investiture, le changement climatique a été à l’honneur ce mardi soir, Barack Obama s’employant à démontrer les bénéfices d’une révolution verte en terme d’emplois. Il a promis de fournir des aides fédérales aux villes qui s’engageraient dans des programmes d’économies d’énergie, grâce à la reconstruction d’immeubles selon des normes «écologiques». Vantant le projet de loi énergie climat qu’avait tenté de sponsoriser le sénateur républicain John McCain, qu’il a pris la peine de citer, Obama a toutefois promis d’accorder de nouveaux permis d’exploitation d’énergies fossiles.

L’immigration. Obama a plaidé avec passion pour une remise à plat du système d’immigration, sujet qui a suscité des applaudissements des deux côtés de l’hémicycle, contrairement à la plupart des autres dossiers. «Envoyez-moi une loi de réforme globale de l’immigration au cours des prochains mois et je la signerai immédiatement», a-t-il dit, tandis qu’un jeune immigré illégal buvait ses paroles, assis dans le box de Michelle Obama. Après la séance, le président du Comité du budget de la Chambre, Paul Ryan, l’une des figures les plus influentes du parti républicain, disait avoir aimé l’approche «mesurée» du président sur ce sujet, y voyant «le signe qu’Obama veut arriver à un résultat».

«Les familles de Sandy Hook méritent un vote»

La législation sur les armes. Le moment le plus émouvant de la soirée, sans cela très fastidieuse, est venu quand le chef de l’État s’est mis à parler des «enfants de l’Amérique» et de la nécessité de les protéger. Évoquant les projets de loi défendus par son administration pour instaurer un contrôle universel du passé des acheteurs d’armes, réduire la capacité des chargeurs ou bannir les fusils d’assaut, Barack Obama a appelé les législateurs à passer à l’action.

«Nate et Cleo méritent un vote», a-t-il dit, évoquant la mort de leur fille Hadiya Pendleton, une adolescente de 15 ans, qui avait été sélectionnée pour participer comme majorette à sa récente cérémonie d’investiture avant d’être abattue dans une rue de Chicago sous les balles d’un gang il y a quelques jours, à un mile de l’ancienne maison des Obama. «Gaby Giffords (parlementaire blessée d’une balle au cerveau) mérite un vote… les familles de Sandy Hook (école frappée par la fusillade de Newtown) méritent un vote…», a-t-il poursuivi, en fixant du regard les familles ou les victimes des fusillades, invitées à assister à son discours sur l’état de l’Union. À chaque fois, les personnes interpellées, qui avaient été invitées par les Obama et les élus à assister au discours, ont hoché la tête, les larmes aux yeux, avant d’applaudir. Dans un élan rare, le speaker républicain John Boehner, qui se trouvait assis derrière Obama, à la tribune, pendant le discours, s’est levé lui aussi pour se joindre à l‘ovation.

«Un nouvel Obama» plus offensif

Les réactions au discours. Après la séance, l’analyste David Gergen a parlé d’un discours «audacieux» révélant le «nouvel Obama», plus sûr de lui, plus offensif et moins naïf face aux républicains. «C’est le discours le plus résolument favorable à une augmentation du rôle de l’État depuis Lyndon Johnson», a renchéri sur CNN l’ancien speaker conservateur Newt Gingrich. Pour lui, il était évident que ce mardi soir, Obama s’était adressé avant tout au pays, pas au Congrès. «Son but est très clair, a pronostiqué le vieux politicien. Mobiliser sa base pour gagner les élections législatives de mi-mandat, pour pouvoir passer les deux dernières années à réaliser son agenda de profonds changements».

En fin de soirée, c’est le jeune et ambitieux sénateur républicain au visage poupin Marco Rubio, qui a donné la réplique à Obama, critiquant sans surprise son plaidoyer pour une action accrue de l’État. Il n’y avait rien de bien nouveau dans cette critique. Mais les observateurs ont tous noté le ton plus conciliant et plus préoccupé «des petites gens» et «des immigrés» adopté par Rubio, qui cherche clairement à se tailler un avenir présidentiel. Le fait qu’il ait prononcé son discours en anglais et en espagnol – un geste fort vers la communauté latino – n’a échappé à personne.

lefigaro.fr

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