Laurent Gbagbo fait face à la justice internationale

Les juges doivent examiner les preuves réunies contre l’ex-président ivoirien, soupçonné de crimes contre l’humanité.

L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo saura bientôt s’il sera jugé pour des crimes contre l’humanité commis après l’élection présidentielle du 28 novembre 2010. Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont entamé mardi l’examen des preuves rassemblées par le bureau du procureur, la Gambienne Fatou Bensouda, pour savoir si ces éléments sont suffisamment solides pour permettre ultérieurement la tenue d’un procès. Laurent Gbagbo, 67 ans, arrêté le 11 avril 2011 dans son bunker d’Abidjan après avoir refusé de céder la place à son rival Alassane Ouattara, élu à la présidentielle du 28 novembre, avait été transféré à La Haye le 29 novembre 2011. Il est le premier chef d’État remis à la CPI en tant que telle – le Libérien Charles Taylor et le Serbe Slobodan Milosevic avaient été traduits devant des tribunaux ad hoc. Laurent Gbagbo, qui avait invoqué des problèmes de santé depuis son incarcération, est apparu mardi en bonne forme. L’audience devrait se conclure le 28 février. Les juges auront ensuite deux mois pour statuer.

L’ex-président est soupçonné de quatre chefs de crimes contre l’humanité (meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains). Quatre événements particulièrement sanglants ont été retenus par l’accusation: la répression d’une manifestation de femmes à Abobo, le bombardement du marché de ce quartier de la capitale ivoirienne, les violences contre des manifestants devant le siège de la télévision et le massacre de Yopougon qui avaient fait des centaines de morts, le 12 avril 2011.

Les moyens limités de la CPI évoque

Selon l’accusation, ces attaques ont été commises dans le cadre d’un «plan» mis en œuvre par les forces pro-Gbagbo, elles revêtaient un «caractère généralisé et systématique» et étaient dirigées «contre des communautés ethniques ou religieuses spécifiques».

Pour les observateurs, si la comparution de Laurent Gbagbo, constitue un succès pour la justice internationale, beaucoup reste à faire pour incriminer les responsables de violences commises de part et d’autre qui ont fait quelque 3 000 morts en quatre mois. «On assiste pour l’instant à une justice des vainqueurs. La CPI n’a pas émis de mandats dans le camp Ouattara et cela permet aux autorités ivoiriennes de justifier l’absence de poursuites au niveau national», dénonce Géraldine Mattioli, chargée de la justice internationale à Human Rights Watch (HRW). En Côte d’Ivoire, où l’audience était très attendue, 150 mises en accusation ont visé les partisans de Laurent Gbagbo, aucune ceux d’Alassane Ouattara. Du côté de la CPI, on invoque des moyens limités et on rétorque que des enquêtes ont été ouvertes qui pourraient mener à des mandats d’arrêt, y compris dans le camp Ouattara. Sous le coup d’un tel mandat, Simone Gbagbo, l’épouse de l’ancien président, n’a toujours pas été transférée à La Haye.

Pour la CPI, l’enjeu d’un éventuel procès Gbagbo est considérable. L’acquittement, en décembre dernier, d’un ex-milicien congolais accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité avait été perçu comme un revers pour le TPI.

lefigaro.fr

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