Les lourds défis de la première présidente de Corée du Sud

Park Geun-hye, qui prend officiellement ses fonctions lundi, doit faire face aux menaces de plus en plus violentes de son voisin nord-coréen, tout en subissant déjà dans son pays des critiques sur son style.

Pas d’état de grâce pour la «princesse» Park. À 61 ans, Park Geun-hyedeviendra lundi la première présidente de la Corée du Sud. Dans un climat de tension face à Pyongyang, les critiques acerbes fusent déjà sur la scène intérieure à l’encontre de son style de gouvernement.

La cérémonie d’investiture qui réunira plus de 60.000 personnes devant l’Assemblée nationale, au cœur de Séoul, avec le chanteur Psy en guest starainsi que des personnalités politiques du monde entier se déroulera sous haute sécurité. Dans le ciel, des escadrilles de F15 surveillent la DMZ, la ligne de front, barbelée, qui court à 40 kilomètres de la capitale et les radars guettent les moindres mouvements suspects du Nord. Les forces armées sont d’autant plus en alerte que le régime nord-coréen multiplie les menaces à l’encontre du Sud, depuis son troisième essai nucléaire, le 12 février. Mardi, à la tribune de l’ONU à Genève, un diplomate nord-coréen a même menacé Séoul «de destruction finale», dans un discours d’une violence rare qui a déclenché le frisson et la réprobation dans l’Assemblée.

Tester les nerfs et les intentions de Park Geun-hye

Le jeune leader Kim Jong-un ne laisse aucun répit à la nouvelle présidente élue le 19 décembre. Il multiplie depuis plusieurs jours les visites aux unités militaires, entretenant le climat de mobilisation au «royaume ermite». «La péninsule fait face à une situation grave. La guerre peut éclater à tout moment», a prévenu Pyongyang dans une mise en garde au général James Thurman, commandant des 28.000 GI postés sur la péninsule et qui s’apprête à conduire des manœuvres annuelles de grande ampleur.

Cette escalade des tensions vise à tester les nerfs et les intentions de la nouvelle présidente conservatrice, qui a promis une politique de fermeté durant sa campagne, mais sans fermer la porte à un dialogue avec Kim. «Ils en veulent plus! Leur objectif est d’obtenir une aide économique massive comme lors de la sunshine policy du début des années 2000», explique Han Sukhee, de l’Université Yonsei. Cette politique du «rayon de soleil» avait permis un dégel des relations grâce à des sommets intercoréens avec Kim Jong-il, en contrepartie d’un soutien économique controversé. Une approche dénoncée par Lee Myung-bak qui a rompu tous les ponts, avec le Nord durant son mandat (2008-2013) et lègue aujourd’hui un héritage délicat à Park.

Face à la batterie de menaces du Nord, la fille du général Park Chung-hee a promis une réponse «sévère» et «colle» au protecteur américain. Pour démontrer son engagement sans faille à protéger la péninsule, le président Obama a délégué son conseiller à la sécurité nationale Tom Donilon à la cérémonie d’investiture. La France envoie la ministre de l’Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, avec la volonté de renforcer les liens avec une présidente francophile, qui étudia dans sa jeunesse à Grenoble.

Trop distante

Si Park semble bien préparée aux défis de la politique étrangère, elle qui assuma la fonction de First Lady de substitution après l’assassinat de sa mère par un fanatique du régime de Pyongyang en 1974, elle réalise déjà combien les défis de politique intérieure seront délicats à relever.

Avant même d’avoir commencé son mandat, elle est sous le feu roulant des critiques de la presse, pour son style de gouvernance jugée opaque. Son candidat au poste de premier ministre a été retoqué et les sondages montrent déjà une défiance, en particulier au sein de la jeunesse qui ne se reconnaît pas dans cette célibataire distante qui se déclare «mariée à son pays». Park a promis «le bonheur» à ses concitoyens et fait de la «démocratisation économique» une priorité pour lutter contre les inégalités grandissantes dans une économie dominée par les grands groupes familiaux comme Samsung. Un programme ambitieux pour la fille du dictateur Park, revenue au pouvoir grâce aux urnes mais qui n’aura que peu de répit pour faire ses preuves.

lefigaro.fr

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