En Egypte, John Kerry milite pour un consensus politique

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry était en visite au Caire samedi afin de pousser à un consensus entre pouvoir et opposition pour sortir l’Egypte de l’impasse politique et de la crise économique.

Alors que M. Kerry arrivait au Caire en provenance de Turquie, des manifestants ont mis le feu à un commissariat à Port Saïd (nord-est), une ville qui observe un mouvement de désobéissance civile pour la troisième semaine consécutive pour protester contre la politique du président Mohamed Morsi. Le responsable américain, qui effectue sa première tournée internationale depuis sa prise de fonctions le 1er février, doit s’entretenir avec M. Morsi. Il a rencontré le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi avant des discussions en soirée avec son homologue égyptien Mohammed Kamel Amr.

«Il travaille à établir des contacts avec le gouvernement, l’armée, et les personnes impliquées dans la nouvelle Egypte: les dirigeants politiques, les chefs d’ONG, les hommes d’affaires», selon un responsable du département d’Etat.

Depuis l’élection en juin 2012 de M. Morsi, premier président islamiste et civil d’Egypte, le pays est plongé dans des crises à répétition et divisé entre les partisans du président et une opposition hétéroclite, en majorité libérale et de gauche, chapeautée par le Front du salut national (FSN) qui a appelé à boycotter les législatives d’avril.

Lors de manifestations récurrentes, les détracteurs de M. Morsi l’accusent d’avoir failli à ses engagements de régler les problèmes sociaux et économiques, et d’avoir trahi la révolution de 2011 qui a renversé le régime autocratique de Hosni Moubarak. Ils réclament un gouvernement de «salut national» avant les législatives. Un dirigeant du FSN, Hamdeen Sabahi, a dit jeudi avoir refusé, avec un autre opposant de renom, Mohamed ElBaradei, de voir M. Kerry, en raison des pressions de Washington visant à convaincre l’opposition de renoncer à boycotter ce scrutin.

Un prêt crucial

M. Kerry devrait cependant rencontrer Amr Moussa, lui aussi un dirigeant du FSN, selon un communiqué de M. Moussa. Le secrétaire d’Etat «ne va pas leur dire ce qu’il faut faire», mais il soulignera le fait que «la seule manière de se faire entendre, c’est de participer aux élections», a indiqué aux journalistes le cadre du département d’Etat.

Un consensus politique faciliterait un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de 4,8 milliards de dollars, jugé capital pour restaurer la confiance dans l’économie égyptienne. Des responsables égyptiens ont indiqué poursuivre les négociations avec le FMI concernant ce prêt, reporté en raison des troubles politiques et qui pourrait être signé une fois le nouveau Parlement en place, en juillet.

Le prêt est crucial «pas uniquement pour obtenir l’argent du FMI (…), mais aussi pour ouvrir la voie à d’autres financements venant des Etats-Unis, de l’Union européenne, des Etats arabes et des (investisseurs) privés», a précisé le responsable du département d’Etat. Mais il nécessite «un accord politique de base entre tous les acteurs en Egypte» au sujet du prêt, ainsi qu'»un consensus économique concernant les réformes» qui doivent l’accompagner, a ajouté le responsable.

Crise économique

L’instabilité politique a aggravé la crise économique avec l’effondrement des investissements étrangers et la chute du tourisme. L’agence de notation Moody’s a dégradé d’un cran la note souveraine du pays.

En janvier, les manifestations marquant le 2e anniversaire de la révolution se sont transformées en protestations anti-Morsi, dégénérant en heurts qui ont fait une soixantaine de morts.

L’arrivée de M. Kerry est d’ailleurs survenue quelques heures après de nouveaux heurts à Mansoura, au nord du Caire, qui ont coûté la vie à un manifestant et blessé 40 personnes dont dix policiers.
Jeuneafrique.com

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