Le manque de sommeil perturbe notre génome

Des chercheurs anglais montrent pour la première fois que dormir moins de 6 heures par nuit à un impact important sur l’expression de plus de 700 gènes.

De nombreux travaux ont montré qu’un sommeil insuffisant a des conséquences néfastes sur la santé: augmentation du risque d’obésité, de diabète, de maladies cardio-vasculaires, diminution de la vigilance et des capacités cognitives ou encore affaiblissement des défenses immunitaires. Cependant, les mécanismes qui lient manque de sommeil et impact sur la santé restent mal connus. Dans une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas) cette semaine, des chercheurs anglais démontrent que quelques heures de sommeil en moins suffisent pour perturber massivement l’expression de nombreux gènes.

Les chercheurs de la faculté de médecine de l’université du Surrey (Royaume-Uni) ont étudié les effets d’une limitation de sommeil chez 14 hommes et 12 femmes, âgés en moyenne de 27 ans, qui ont passé deux semaines au centre de recherche. Durant la première semaine, qui servait à obtenir les données de référence, les volontaires ont dormi en moyenne 8 h 30 par nuit. Au cours de la deuxième semaine, ils ne pouvaient rester au lit que 6 heures et leurs nuits se sont réduites à 5 h 42 en moyenne.

30% de la population concernés

Les tests d’attention et de vigilance auxquels se sont prêtés les volontaires ont confirmé que dormir moins de 6 heures par nuit ne permettait pas, pour un adulte, de se reposer suffisamment. Des prélèvements sanguins réalisés à l’issue de chacune des deux semaines ont permis d’établir un profil d’expression pour des centaines de gènes contenus dans les cellules sanguines. Les résultats montrent que la réduction de la durée du sommeil pendant une seule semaine conduit à augmenter ou diminuer l’expression de plus de 700 gènes. Parmi ceux-ci, beaucoup étaient impliqués dans la régulation du métabolisme (prise de poids, diabète), les processus inflammatoires (maladies cardio-vasculaires) ou encore la production de stress oxydant (vieillissement prématuré).

Les scientifiques ont par ailleurs déterminé que lorsque le sommeil est suffisant, l’expression de 9% des gènes étudiés suit un rythme circadien, évoluant entre le jour et la nuit. Or, quand les sujets dorment moins de 6 heures par nuit, l’expression de beaucoup de ces gènes, principalement ceux qui s’expriment durant la journée, perd sa rythmicité. Et parmi ces gènes, certains sont eux-mêmes responsables de la régulation de notre horloge interne. Ne pas dormir assez perturberait ainsi le sommeil et enclencherait un cercle vicieux. D’ailleurs, l’étude montre qu’après 7 nuits trop courtes, les sujets supportent moins bien une privation aiguë de sommeil (40 heures de veille).

«Les perturbations que nous observons se sont produites après seulement 7 nuits consécutives de moins de 6 heures, ce qui ne représente pas une importante privation de sommeil. Aux États-Unis, cela concerne presque 41 millions de personnes», mettent en garde les chercheurs. En France, d’après l’Institut national du sommeil et de la vigilance, c’est 31 % de la population adulte qui ne dorment pas assez.

lefigaro.fr

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