Venezuela : Chavez laisse une économie droguée au pétrole

Le président défunt du Venezuela, Hugo Chavez, laisse une économie dépendante d’une seule ressource, son or noir.

Le pétrole représente plus de 90 % des devises du Venezuela, 94 % des exportations et la moitié du budget de l’État. Il n’a jamais pesé autant dans l’économie. Le président Hugo Chavez, décédé ce mardi, avait pourtant promis en prenant la tête du pays de sortir du «tout pétrole». Pendant plus d’une décennie, il a puisé dans cette manne – soutenue par des cours mondiaux en hausse – en renforçant l’emprise de l’État sur la compagnie publique PDVSA et en limitant l’exercice des compagnies étrangères. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir utilisé ces ressources à des fins politiques pour mener sa révolution bolivarienne.

Le leader de gauche a investi massivement dans des programmes sociaux avec des résultats probants sur le niveau de pauvreté et la réduction des inégalités. Selon les indices internationaux, le Venezuela affiche le taux d’inégalité le plus faible d’Amérique latine et Chavez se targue d’avoir le salaire minimum le plus élevé du sous-continent. Sauf que cette politique s’est faite au détriment d’investissements industriels et d’une nécessaire diversification. «Le Venezuela, c’est le syndrome de la maladie hollandaise, résume le chercheur Julien Rebotier, de l’université de Pau. Il n’y a pas eu d’effort de réorientation de l’appareil productif tandis que le secteur pétrolier souffre de sous-investissement en recherche et exploration. En matière sociale, il répond à l’urgence sans stratégie d’avenir.»

Coupures d’électricité

PDVSA investit un tiers de son chiffre d’affaires dans les actions sociales. Après la grève insurrectionnelle de 2002 – véritable tentative de coup d’État contre la mainmise de Chavez -, près de 20.000 personnes ont été licenciées. «Aujourd’hui, l’entreprise manque de savoir-faire et de compétences», ajoute le chercheur. Pire, les installations sont vieillissantes comme en témoignent les coupures récurrentes d’électricité et, plus grave, une très forte explosion fin août dans la raffinerie d’Amuay, qui a fait 42 morts. Avec une production de 2,7 millions de barils par jour, en baisse depuis 2005, le Venezuela ne figure plus dans le top 10 mondial. Et Caracas, en vertu d’accords avec ses alliés politiques, Cuba et l’Équateur, est contraint d’importer du pétrole raffiné. «L’État subventionne sa diplomatie. Il achète de l’essence au prix du marché et vend au prix vénézuélien, moins cher que l’eau minérale», relève Julien Rebotier.

Le «tout pétrole» a d’autres effets collatéraux d’une dépendance totale aux importations. Le pays achète tout ou presque pour sa consommation courante à l’étranger. Chavez n’a trouvé aucun remède. Au mieux, il s’est efforcé de réduire la dépendance commerciale aux États-Unis au profit de la Chine et du Brésil. L’entrée dans le Mercosur, le grand marché commun d’Amérique latine, concrétise cette stratégie. L’autre mal qui ronge le pays, c’est l’inflation, à plus de 28 %, que compensent en partie les hausses de salaire. «Le modèle est fragile et pas soutenable», résume Jean-Igor Michaux, économiste de Natixis.

lefigaro.fr

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