Vatican : l’heure du choix

À la veille de la réunion du conclave, qui élira le successeur de Benoît XVI,Le Figaro examine les sept questions clés d’une semaine décisive pour l’Église catholique.

• Le pape sera-t-il élu dans la semaine?

Il est très probable que le nouveau pape, successeur de Benoît XVI et 266e pape de l’Église catholique, soit élu dans la semaine. Très probable parce que la moyenne de tours de scrutin des neuf précédents conclaves a été de sept scrutins et demi. Le plus court fut celui de Pie XII en 1939, trois scrutins. Puis Jean-Paul Ier (1978) et Benoît XVI (2005) en quatre scrutins. Les plus longs, Pie XI en 1922, avec quatorze tours, Jean XXIII en 1958 avec onze scrutins. Jean-Paul II fut élu, dans la moyenne, en huit scrutins. Même en imaginant quatorze tours, un conclave ouvert mardi soir se terminerait samedi matin. Sur cette base statistique et sur le fait que les cardinaux semblent assez «mûrs» dans leur décision comme l’a laissé entendre le père Lombardi, porte-parole, on peut penser que les choses ne seront ni rapides, ni longues. Pas un vote éclair, à la Benoît XVI, ce qui donnerait mercredi soir. Mais probablement dans la journée de jeudi et vendredi au plus tard.

• Qui sont les favoris?

Les listes varient tous les jours pour ce qui est des fonds de classements. Elles comptent une quinzaine de noms. Mais l’un d’eux revient avec insistance, celui du cardinal Angelo Scola, archevêque de Milan. Ce qui ne signifie pas qu’il sera élu. Mais cela laisse penser qu’il pourrait faire le meilleur score, mardi soir, lors du premier tour qui joue le rôle de «primaire». La presse italienne parle d’une quarantaine de voix en sa faveur mais ce chiffre est vraiment sujet à caution car il est issu d’une pure reconstruction fondée, elle-même, sur des hypothèses de vote. Il est en revanche exact qu’il y a une tendance dominante sur ce nom. Mais il lui faudra encore quasiment le double pour être élu (77 voix). Donc rien n’est fait car les minorités de blocage peuvent se transformer en majorité de blocage contre un nom. Derrière le cardinal Scola, arrivent Odilo Pedro Scherer (Brésil), Marc Ouellet (Canada), Péter Erdö (Hongrie), Christophe Schönborn (Autriche), Sean Patrick O’Malley (États-Unis), Timothy Michael Dolan (États-Unis), Jorge Mario Bergoglio (Argentine), Albert Malcolm Ranjith (Sri Lanka), Fernando Filoni (Italie), Telesphore Placidus Toppo (Inde), Luis Antonio G. Tagle (Philippines), Francisco Robles Ortega (Mexique), Joao Braz de Aviz (Brésil)…

• Les cardinaux ont-ils déjà choisi?

Il y a eu un premier choix, la semaine dernière, et il a été victorieux. Une décision collective en fait, de ne pas laisser passer le dysfonctionnement de la curie romaine qui a handicapé tout le pontificat de Benoît XVI. Et surtout, de ne plus l’accepter. Les cardinaux, membres de la curie, ne s’attendaient pas à une telle levée de boucliers venue des cardinaux non résidents à Rome mais aussi de certains résidents. L’option, par conséquent, est de chercher un profil de dirigeant. Mais une personnalité qui soit assortie d’une grande capacité de contact humain. Ce lundi, chaque cardinal a un nom en tête: il sait pour qui il votera au premier tour. Mais aucun ne sait pour qui il votera au troisième ou quatrième tour… Cela dépendra des dynamiques en cours. Chacun sait en revanche, et ce jusqu’à l’élection, pour qui il ne votera jamais. Et à aucun prix.

• Quel est le profil du candidat idéal?

La caractéristique de ce préconclave aura été son contexte de crise institutionnelle. Jamais la curie romaine n’aura été à ce point contestée dans ses méthodes autoritaires et centralisatrices, essentiellement liées, du reste, à la personnalité – plus maladroite que malintentionnée – de l’ancien secrétaire d’État de Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone. Sans être une révolution de palais, ce préconclave aura donc imposé l’exigence d’une réforme institutionnelle de la curie romaine. Ce fut déjà dans l’air du temps en 1978, en 2005. Mais ce problème est devenu la priorité sans qu’il ait, pour autant, mobilisé tous les débats. «Oui, nous avons parlé de ces sujets, commente le cardinal Tagle, mais pas que de cela.» Le préconclave a aussi tiré le bilan d’un pontificat a-médiatique où Benoît XVI donnait parfois l’impression de fuir la foule. Sans chercher un Jean-Paul II bis, les cardinaux veulent un homme de charisme et de contact pour l’Église et pour le monde. Ces deux qualités semblent difficiles à trouver chez un seul homme. Des précautions seront donc prises, avant l’élection sur le choix de la personnalité du n° 2, le secrétaire d’État. Ce binôme est capital. Sur lui reposera l’exécution de la réforme. Les cardinaux ne veulent plus commettre deux fois la même erreur: se trouver devant le fait accompli du choix d’un secrétaire d’État, une fois le pape élu.

• Quels sont les enjeux majeurs de l’élection?

Curieusement, l’enjeu majeur n’est pas la question de la réforme de la curie. Cette question interne touche l’organisation de l’administration centrale de l’Église catholique (et aussi la question des finances et de la Banque du Vatican). Mais le grand enjeu de la succession de Benoît XVI est ailleurs. Il s’agit de consolider l’œuvre d’intériorisation voulue par Benoît XVI pour former des catholiques, certes minoritaires, mais conscients et actifs, avec une identité claire et assumée. À l’extérieur, vers le monde, il importe de revoir la façon de parler du message de l’Église, donc mieux communiquer pour parler à tous. À l’extérieur, vers les autres religions, il faut veiller au développement de l’Église face à un islam plus agressif qu’il y a huit ans.

• À partir de quand les cardinaux vont-ils se couper du monde?

Lundi matin, ils se retrouvent une dernière fois pour une congrégation générale dans la salle du Synode. Puis, dans l’après-midi, ils vont se réunir en petit comité. Les derniers dîners du soir sont très importants. Mardi matin, ils sont attendus à partir de sept heures à la Maison Sainte-Marthe, cette hôtellerie qui leur est réservée dans l’enceinte du Vatican. Ils s’y installent jusqu’à la fin du conclave. À 10 heures, ils célèbrent ensemble la messe «pour l’élection du Souverain Pontife». À 16 heures, ils entreront en procession dans la chapelle Sixtine. Moins d’une heure après, la formule «extra omnes» sera prononcée. Ils resteront alors seuls au monde, c’est-à-dire enfermés dans la chapelle Sixtine.

• Que devient Benoît XVI?

Le «pape émérite» se fait très discret. Il n’entend en aucune manière peser sur cette élection. Il est tenu informé par son secrétaire de «l’avancée générale des travaux», mais le Vatican assure qu’«il n’est pas informé du contenu des débats». Benoît XVI habite jusqu’à la fin du mois d’avril à Castel Gandolfo. Il séjournera alors dans son monastère, dans les jardins du Vatican, menant une vie monastique, d’études et de prière. Son rêve de jeunesse le plus cher se réalise enfin mais pour combien de temps? Il apparaît très fatigué.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, International, Religion. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir