Chavez : Victorin Lurel indigne la droite et gêne la gauche

Jean-François Copé demande « solennellement » au chef de l’État de désavouer son ministre des Outre-mer.

L’hommage appuyé de Victorin Lurel à Hugo Chavez n’en finit pas de susciter l’indignation. Représentant la France aux obsèques de l’ancien président vénézuélien, le ministre des Outre-mer avait comparé, «toutes choses égales par ailleurs», Chavez au général de Gaulle et à Léon Blum, avant d’assurer que «le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez puisqu’on prétend que c’est un dictateur…»

Lundi, le président de l’UMP, Jean-François Copé, a demandé «solennellement» au chef de l’État, François Hollande, de désavouer les déclarations de son ministre. «Au ridicule de sa comparaison avec de Gaulle et Léon Blum, s’ajoute sur le fond une insulte à tous ceux qui, au Venezuela, ont été victimes des atteintes délibérées de Chavez aux droits de l’homme», a déclaré à l’AFP le député maire de Meaux, qui a observé que «pendant sa présidence, Chavez a conduit des pressions extrêmes sur la presse, la justice et les responsables de l’opposition de son pays.»

Au-delà d’une simple erreur de jugement sur la gouvernance Chavez, Jean-François Copé voit surtout dans les propos de Victorin Lurel une «faute politique que le silence coupable de François Hollande vient aggraver», accuse-t-il.

Samedi, déjà, Lionnel Luca avait prié Jean-Marc Ayrault d’intervenir. «Y a-t-il un premier ministre pour laisser dire autant de fadaises à ses ministres comme Lurel qui embaume Chavez?», avait interrogé sur Twitter le député UMP des Alpes-Maritimes. Tandis que Christian Estrosi, député maire de Nice et lui-même ancien ministre de l’Outre-mer de Nicolas Sarkozy, se disait «choqué». Un sentiment largement partagé dans les rangs de l’opposition.

À droite, toutefois, Patrick Karam, conseiller politique à l’UMP et ancien délégué interministériel à l’Égalité des chances des Français d’outre-mer sous le précédent quinquennat, a lancé un «halte au feu!» «Je demande à mes camarades d’arrêter de polémiquer vainement pour leur conseiller de méditer ce proverbe africain: quand on grimpe au cocotier, il faut s’assurer d’avoir les fesses propres…», a-t-il déclaré.

«Une petite boulette quand même»

Mais les paroles de Victorin Lurel n’ont pas non plus fait l’unanimité à gauche. «Ce sont des propos qui sont sans doute un peu excessifs», a reconnu lundi le premier secrétaire du PS, Harlem Désir. «Je n’aurais pas employé ces termes-là», estimait dimanche la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine au «Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI», pendant que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls préférait botter en touche: «J’en ai marre de participer à ces petites polémiques qui nous éloignent de l’essentiel».

Invitée du «Talk Orange-Le Figaro» Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée en charge des Français de l’étranger, a trouvé des excuses à son collègue: «Victorin partageait une grande émotion. On est ému quand on assiste à des obsèques.» Plus net, Jean-Christophe Cambadélis a tranché: «C’est une petite boulette quand même, parce que Chavez, c’est Chavez. Pas besoin de le comparer à des personnages historiques et même à faire des synthèses étonnantes entre de Gaulle et Léon Blum, ce n’est pas tout à fait ce que l’on peut défendre aujourd’hui.»

Pour le moment, Jean-Marc Ayrault n’a pas réagi. À l’Élysée, un conseiller notait que «les propos de Victorin Lurel peuvent prêter à confusion» tout en assurant que «le président et son ministre ne se sont pas parlé».

Il y a quelques semaines, au cours d’un déjeuner avec des journalistes, Lurel s’étonnait de ne pas exister davantage dans l’opinion publique. Le voilà désormais sous les projecteurs. À son corps défendant. Lundi, c’était silence radio dans son entourage. «Nous ne nous exprimerons pas sur le sujet. Nous ne répondrons à aucune question. Point barre!», répondait sèchement un conseiller. Ce n’est pas la première fois que le ministre des Outre-mer fait entendre sa petite musique. Contrairement à la majorité de ses collègues, l’élu antillais est très réservé sur le mariage gay. «Dans nos territoires, ça passe mal», confiait-il récemment. Quand il prend la parole, l’homme fort de la Guadeloupe n’oublie pas ses territoires. Ce fut le cas samedi, quand il a fait l’éloge de Chavez. «Aux Antilles, confie un élu guadeloupéen, l’image du président vénézuélien n’est pas la même qu’en métropole.» Victorin Lurel ne l’a pas oublié. Mais il a oublié qu’il était à Caracas pour représenter la France.

lefigaro.fr

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