Tunisie: le nouveau gouvernement « n’a pas droit à l’erreur », selon le presse

Le nouveau gouvernement d’Ali Larayedh entre en fonction ce jeudi 14 mars. Un début terni par les obsèques d’un vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu mardi à Tunis, rappelant le suicide qui avait déclenché le Printemps arabe : celui d’un certain Mohamed Bouazizi.

C’est à 15h00 GMT qu’Ali Larayedh, cadre du parti islamiste Ennahdha et ministre sortant de l’Intérieur, succèdera à Hamadi Jebali à la tête du gouvernement tunisien. Ce dernier avait démissionné il y a près d’un mois, emporté par une crise politique aggravée par l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd.

Le nouveau cabinet, qui reconduit largement une alliance entre islamistes, partis laïques et personnalités indépendantes, n’a « pas droit à l’erreur », relève jeudi la presse tunisienne, soulignant les graves défis sociaux, politiques et sécuritaires qui doivent être résolus.

Le Quotidien note ainsi que « les intentions sont bonnes », mais qu’Ali Larayedh, dans son discours de politique générale, « n’a fait que répéter à l’envi des slogans et des objectifs sans présenter de programme politique précis. (…) Le fond et le contenu restent désespérément vagues (…) Croisons les doigts et attendons de voir pour juger sur pièces. Le temps des miracles n’est peut-être pas encore révolu », poursuit-il.

Chômage et violences

La Tunisie est confrontée à une économie anémique minée par le chômage, la misère, et un climat sécuritaire tendu. Pour La Presse, le gouvernement doit sortir d’un « cercle vicieux » car il doit « relancer l’investissement pour créer de l’emploi alors que le manque d’emploi génère lui-même l’instabilité dans le pays qui à son tour inhibe les investisseurs ».

Mardi, à Tunis, l’immolation par le feu d’Adel Khazri, un jeune vendeur à la sauvette excédé par la misère, a mis en évidence l’ampleur du problème social, rappelant la mort dans les mêmes conditions de Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant dont le suicide avait déclenché le premier soulèvement du Printemps arabe. Il sera inhumé jeudi à la mi-journée à Souk Jemaa, dans le nord-ouest de la Tunisie.

Dans ce contexte, Ali Larayedh a promis de résoudre cette année la crise institutionnelle en faisant adopter la Constitution et en organisant des élections. Il a également annoncé une reprise de l’économie tout en rétablissant la sécurité.

Dans un bref entretien accordé à l’AFP mercredi soir, il a d’ailleurs souligné que les principales menaces pesant sur la Tunisie étaient le terrorisme et les violences sociales. « Le danger principal pour la sécurité nationale est le terrorisme, que ce soit celui venant de l’étranger (…) ou celui qui peut provenir de l’intérieur. Je veux dire par terrorisme un groupe organisé qui utilise la violence et les armes contre les individus ou pour prendre le pouvoir », a-t-il dit.

Débloquer la rédaction de la Constitution

La Tunisie est confrontée à l’essor de groupuscules salafistes armés, notamment responsables, selon les autorités, de l’attaque de l’ambassade américaine en septembre 2012 et de l’assassinat de Chokri Belaïd le 6 février.

Ali Larayedh a aussi pointé du doigt « la violence sociale alimentée par la politique ». Pour juguler ce problème et s’attaquer au chômage (17%), il dit vouloir créer 90 000 emplois en 2013, dont le quart dans le public, sans pour autant exposer de programme.

Il n’a pas non plus indiqué si Ennahdha était prête à renoncer à l’instauration d’un régime parlementaire pour débloquer la rédaction de la Constitution, les autres forces politiques souhaitant que le chef de l’État conserve des prérogatives réelles.

Un calendrier a été soumis aux députés prévoyant l’adoption de la loi fondamentale début juillet et des élections en octobre. Si les élus ne se sont pas encore prononcés, des observateurs ont jugé l’échéancier peu réaliste, d’autant que les dates-limite fixées précédemment n’ont pas été respectées.

Jeuneafrique.com

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