Le Pape imprime un peu plus sa marque

S’adressant aux cardinaux, François a de nouveau démontré le style qu’il entend donner à sa charge : jovial mais décapant.

Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un pape rire aux éclats. Vendredi matin, dans la salle Clémentine du Vatican, où il recevait un à un tous les cardinaux, François a une nouvelle fois démontré le style jovial qu’il entend donner à sa fonction. Elle cadre avec l’image du pape François assis, en blanc, au second rang d’un minibus chargé de cardinaux, tous en route vers la chapelle Sixtine! Ou avec celle du nouveau pape, passant lui-même dans la pension de prêtres, via della Scrofa, où il logeait avant le conclave pour y reprendre sa valise, saluer, chacun par son prénom, l’ensemble du personnel qu’il connaît et… payer sa note!

Mais cette joie expansive, cette décontraction – on l’a vu prendre les cardinaux dans les bras, enfiler spontanément au poignet un petit bracelet jaune en caoutchouc que lui offrait le cardinal d’Afrique du Sud, Wilfrid Napier – ne doivent pas oblitérer la gravité du message qu’il entend transmettre. Et dont sa première homélie, improvisée jeudi soir, a donné un goût amer à certains.

Jamais un pape en exercice n’avait, en effet, osé une telle radicalité christique. Ses paroles de feu – « quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon», «quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur: nous sommes mondains, nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, des papes, mais pas des disciples du Seigneur» – ont vraiment impressionné.

Ce samedi matin, devant la presse, il devrait encore dévoiler les prémices d’un pontificat qui s’annonce décapant. Le tout avec une aisance, un sens de l’improvisation et du geste qui ont déjà fait mouche. Dimanche, à 12 heures, il apparaîtra pour la première fois depuis la fenêtre des appartements pontificaux, pour sa première prière de l’Angélus. Avec probablement un premier message, fort et simple, comme il les aime, adressé au monde.

Mais le grand rendez-vous aura lieu, mardi 19 mars, jour de la Saint-Joseph, où de nombreuses délégations de présidents et de chefs d’État assisteront à sa «messe d’installation». Elle marquera, sur le plan du droit canonique, le début de son pontificat. L’homélie qu’il prononcera est très attendue, car elle devrait en dessiner les grandes lignes. À moins que cet homme pragmatique ne se contente de commenter l’Évangile du jour. Ce qui serait le signal d’une volonté d’insister sur le Christ avant de parler de l’Église. Et de prendre son temps pour mieux agir, comme il semble vouloir le faire pour le choix – capital – de son numéro deux, le futur secrétaire d’État. Pour l’heure, mais à titre seulement transitoire, l’équipe actuelle sera reconduite.

Hommage appuyé à Benoît XVI

Être précis, donc, dans l’action, mais sans précipitation. Le cardinal Vingt-Trois -que l’on a vu ému aux larmes quand il a raconté le moment où, après le vote, il avait fait, comme tous les cardinaux, acte d’obéissance à ce nouveau pape tout en échangeant avec lui quelques mots – a rappelé la «méthode de travail» que son confrère de Buenos Aires avait définie en 2001: «Il faut être éveillé, astucieux, rapide, mais avec la douceur, la patience et la constance de la charité vécue.»

C’est quasiment l’attitude dont le nouveau pape a voulu faire preuve vendredi matin devant les cardinaux, quand il a rendu un hommage très appuyé au «geste courageux et humble» de son prédécesseur, Benoît XVI, «ce sage et humble qui a le regard fixé vers le Christ». Attitude dynamique mais patinée par l’âge. «La moitié d’entre nous, a-t-il noté, lui qui a 76 ans, sommes à un âge avancé. La vieillesse, et il me plaît de le dire ainsi, est le siège de la sagesse de la vie.» Regardant les cardinaux, il a lancé: «Comme le bon vin se bonifie avec les années, donnons aux jeunes la sagesse de la vie.»

Citant le poète allemand Hölderlin, il a alors lié cette vieillesse, «temps de tranquillité et de prière», avec un vif encouragement pour ces «frères cardinaux» qui vont repartir dans leurs diocèses: «Ne cédons pas au pessimisme ou à l’amertume que le diable nous offre chaque jour, ne cédons pas au pessimisme et au découragement.»

Devant eux, il a aussi évoqué l’unité de l’Église en parlant du rôle de l’Esprit saint que la Bible appelle aussi le Paraclet: «C’est curieux, a-t-il noté, mais le Paraclet est à l’origine de toutes les différences dans l’Église. Il semble même qu’il soit l’apôtre de Babel» où personne ne se comprenait. «C’est l’Esprit saint, toutefois, a-t-il conclu, qui fait l’unité dans cette différence. Unité qui n’est pas celle de l’égalité, mais celle de l’harmonie.»

lefigaro.fr

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