Syrie : les soupçons d’armes chimiques se précisent

Barack Obama a mis en garde le régime de Damas et prévenu qu’il pourrait avoir à «rendre des comptes».

Que s’est-il vraiment passé mardi, pendant l’attaque qui a fait au moins 31 morts à Khan al-Assal, au sud-ouest d’Alep? Depuis deux jours, le gouvernement syrien et les rebelles s’accusent mutuellement d’avoir utilisé des armes chimiques, pour la première fois en deux ans de conflit en Syrie. Bien qu’aucune confirmation indépendante et officielle ne soit intervenue, les suspicions que l’une ou l’autre partie se soient servies d’armes non conventionnelles ont été renforcées mercredi. Pas seulement par les témoignages et les photos venus d’Alep. Mais par les déclarations de certains responsables internationaux.

Plans d’intervention

Pour Yuval Steinitz, le tout nouveau ministre du Renseignement israélien, il est «apparemment clair» que des armes chimiques ont été utilisées en Syrie. «Nous ne pouvons laisser ces armes tomber aux mains de terroristes», a prévenu le président israélien, Shimon Pérès, à l’issue d’une rencontre avec Barack Obama. Depuis des mois, Israël s’inquiète de ce que l’arsenal chimique syrien – le plus important de la région – puisse tomber dans les mains de groupes qui lui sont hostiles, notamment le Hezbollah libanais, allié de Bachar el-Assad. L’État hébreu est sans nul doute l’un des mieux informés sur la question. Alliée de Bachar, la Russie a repris à son compte les accusations du régime syrien. Selon des sources diplomatiques, Paris, Londres et Washington s’apprêteraient à demander au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, d’envoyer une mission d’enquête.

S’il est prouvé dans les prochains jours que des armes chimiques ont réellement été utilisées, la guerre en Syrie pourrait d’un coup changer de nature. Les grandes puissances ont en effet toujours prévenu qu’un tel événement ne resterait pas impuni. Barack Obama en a fait une «ligne rouge» qui, si elle était franchie, pourrait justifier une intervention militaire. Israël a affirmé son intention d’agir militairement si un tel scénario se présentait. Quant au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, il a promis une réplique «massive et foudroyante».

Depuis que la rébellion pacifique s’est transformée en guerre civile, la question des armes chimiques est l’un des pires cauchemars des Occidentaux. Ces derniers redoutent surtout qu’à la faveur du chaos ou de l’effondrement du régime, elles ne tombent entre les mains de groupes rebelles islamistes ou dans celles du Hezbollah. Les services de renseignements israéliens et occidentaux surveillent de très près les arsenaux syriens, afin de prévenir le transfert ou l’utilisation des armes chimiques. À Washington et à Tel-Aviv, des plans d’intervention destinés à sécuriser les stocks en cas de chute du régime ont été échafaudés.

Qu’il s’agisse de l’acte de désespoir d’un régime aux abois – scénario le plus probable selon les spécialistes – ou d’une manœuvre de certains rebelles pour forcer une intervention internationale, l’utilisation d’armes chimiques, même de manière parcimonieuse, devrait en théorie, si elle est avérée, précipiter une intervention internationale. Est-ce la raison pour laquelle Washington, qui voudrait éviter une intervention militaire directe en Syrie, est resté prudent depuis que l’affaire d’Alep a éclaté? À Jérusalem, Barack Obama a cependant été forcé de sortir de sa réserve. Il s’est déclaré «très sceptique» sur une éventuelle implication des rebelles. «Le régime Assad doit comprendre qu’il sera tenu responsable de l’utilisation d’armes chimiques ou de leur transfert à des terroristes», a-t-il prévenu. Un tel acte constituerait «une erreur grave et tragique. (…) Le régime Assad doit comprendre qu’il devra rendre des comptes.»

Londres a réagi en affirmant que la menace chimique justifiait la levée de l’embargo européen sur les armes. Quant au chef du commandement européen de l’armée américaine, il a réaffirmé que plusieurs pays de l’Otan étudiaient différentes options militaires pour mettre fin à la guerre en Syrie et aider les forces de l’opposition.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, International. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir