En Centrafrique, les rebelles prennent Bangui

Le président Bozizé, qui a réussi à fuir à l’étranger, a été renversé dimanche par les combattants de la Séléka.

La capitale centrafricaine est tombée presque sans résistance. Dimanche, au bout d’une offensive éclair lancée à l’aube, les combattants de la Séléka ont envahi Bangui, prenant le centre-ville en à peine plus d’une heure avant de se rendre maîtres du palais présidentiel. Massés aux portes de Bangui depuis samedi soir, les rebelles n’avaient pas caché leur intention d’envahir la ville au plus vite. «L’opération a été brève. Nous avons pris le palais», a expliqué Djouma Narkoyo, l’un des chefs militaires du mouvement joint par téléphone. Le chef de l’État, François Bozizé, avait, lui, pris la fuite depuis plusieurs heures. Un départ confirmé par le Quai d’Orsay. Dix ans après avoir pris le pouvoir par les armes, Bozizé est à son tour parti, lâché tant par ses «amis» étrangers que par les siens.

Dans Bangui, les Faca (Forces armées centrafricaines), les troupes légalistes n’ont en effet livré qu’une lutte de principe face à la poussée rebelle. «Il y a eu quelques combats au nord et puis rien d’autre», assure un officier de la Fomac, la force africaine régionale basée dans la capitale. «Les Faca n’ont rien fait. Ils ont enlevé leur uniforme et sont partis», assurait un iman vivant dans d’un quartier périphérique. Bien des soldats ont tourné casaque pour se livrer aux pillages qui ont presque immédiatement éclaté en ville, vite rejoints par des policiers et les malfrats de la cité. «Beaucoup de gens profitent de la situation pour voler et certains de nos éléments volent eux aussi», reconnaissait Éric Massi, l’un des porte-parole de la Séléka. Dans le centre, les supermarchés, les boutiques et les entreprises ont tous été saccagés. «On entend des coups de feu. Ils prennent tout», se désolait un voisin.

Pillages

Le palais présidentiel, certains ministères, de même que les villas des proches du régime déchu étaient aussi la cible des vandales. Dans le chaos, des habitations privées ont, elles aussi, été visitées. «L’un de mes amis a été pillé trois fois dans la matinée alors qu’il se trouvait chez lui avec sa femme et ses enfants. Mais il n’y a pas eu de violences», assurait un homme d’affaires français. Le bilan et l’ampleur des troubles restaient dimanche encore incertains. Au moins deux personnes seraient mortes, sans que l’on sache s’il s’agit de civils ou de combattants. En fin d’après-midi, des coups de feu sporadiques résonnaient encore dans Bangui. «Il s’agit sans doute de manifestations de joie, pas de combats. Les gens de la Séléka ont paradé en tirant en l’air. Il y a aussi peut-être des ratissages pour capturer certains proches de Bozizé qui n’ont pas eu le temps de fuir», supposait un diplomate qui redoute désormais que la population ne se livre à de sanglants règlements de comptes. Une possibilité qui est dans l’esprit de tous.

Renforts militaires français

Pour l’aider à ramener un peu de calme, la Séléka a demandé, dimanche, l’intervention des forces de la Fomac et de l’armée française. Paris entretient 250 soldats à Bangui dans le cadre d’une mission de coopération. Des effectifs qui ont été renforcés de 350 soldats supplémentaires arrivés ce week-end de Libreville. Dimanche, des bérets rouges avaient été déployés dans Bangui pour sécuriser certains sites, notamment le lycée français, et mettre à l’abri quelques ressortissants. Paris assure cependant ne pas envisager pour l’instant une évacuation générale de la ville. «Il est possible que la Fomac sorte dans Bangui pour apaiser les choses. Mais les Français ne sont pas assez nombreux pour faire ça et pour contrôler l’aéroport, ce qui est leur mission», détaille un diplomate.

Pour les pays d’Afrique centrale, la chute de Bozizé représente a priori un échec. Les chefs d’État, et notamment le Tchadien Idriss Déby, s’étaient engagés à interdire toute nouvelle prise de pouvoir par les armes en Centrafrique, pays coutumier des coups d’État. En janvier dernier, après une première offensive de la Séléka, ils avaient imposé aux belligérants un accord de partage du pouvoir censé résoudre la crise. Mais le texte, mal conçu et signé de mauvais gré, n’a jamais été pleinement appliqué. Il y a une dizaine de jours, la Séléka avait donc repris les armes pour son ultime attaque. «Il est douteux que cela se soit fait sans l’aval tchadien», suppose un bon connaisseur du dossier. Roland Marchal, chercheur au CNRS, souligne de son côté «la bonne organisation» des rebelles, pourtant connus ces dernières années pour être brouillons: «Ils disposent d’armes en nombre et, de manière évidente, de cadres militaires».

La prise de pouvoir par la Séléka est cependant loin de résoudre tous les problèmes. Le mouvement, une coalition de plusieurs rébellions, est très divisé et ne disposait d’aucun programme autre que la chute de François Bozizé. «Il va falloir faire vite pour éviter que cette guerre ne débouche sur une autre», résumait un diplomate.

lefigaro.fr

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