Le Liban plonge dans la tourmente politique

La démission du premier ministre Najib Mikati, en conflit larvé avec le Hezbollah pro-iranien, crée un vide institutionnel.

Sans gouvernement, le Liban a plongé dans une dangereuse crise politique. Après avoir hésité à plusieurs reprises, le premier ministre Najib Mikati a fini par remettre sa démission au président de la République Michel Sleimane. Ce dernier part aujourd’hui lundi pour Doha, au Qatar, assister au sommet arabe, et ne devrait donc pas tenir de consultations en vue de former une nouvelle équipe d’ici une semaine au moins, selon un observateur libanais. Il n’exclut pas que Mikati revienne sur sa décision «s’il peut désormais imposer ses conditions».

Depuis juin 2011, ce sunnite de 57 ans était à la tête d’un gouvernement dans lequel le Hezbollah pro-iranien et allié de la Syrie voisine était en position de force, face aux sunnites et à certains chrétiens. «Mikati avait déjà menacé de démissionner l’an dernier au moment du financement du Tribunal spécial sur le Liban (TSL), et après l’assassinat en octobre à Beyrouth du général antisyrien Wissam al-Hassan», affirme la source libanaise.

Chargé de juger les assassins de l’ancien premier ministre Rafic ­Hariri, tué en 2005 à Beyrouth, le TSL a désigné quatre membres du Hezbollah qui seraient impliqués dans le crime. Mais le Parti de Dieu refuse de les livrer à la justice internationale. Cette fois-ci, c’est la reconduction d’un pion important du dispositif sécuritaire libanais qui a conduit Najib Mikati à démissionner. Ce dernier tenait en effet à ce que le général Ashraf Rifi, un sunnite proche du camp Hariri, continue sa tâche à la tête des Forces de sécurité intérieure (FSI) et du service de renseignements qui leur est lié. Il faut dire que depuis 2005, les grandes oreilles des FSI ont livré de précieuses informations au Tribunal spécial dans l’affaire Hariri. ­Ashraf Rifi est ainsi devenu l’une des bêtes noires du Hezbollah, qui refuse de le voir garder son poste au-delà de 60 ans, âge de la retraite.

Épaulés par la France et les États-Unis, Rifi, et avant lui le général Wissam al-Hassan, scrutent en effet avec attention les activités «troubles» du Hezbollah au Liban, ainsi désormais qu’en Syrie, où ses hommes sont envoyés à la rescousse d’un régime en lutte pour sa survie.

Élections reportées

Dans leur bras de fer avec Najib Mikati, le Hezbollah et ses alliés chrétiens tentaient d’obtenir le report des élections législatives de juin. Hezbollah et partisans du général chrétien Michel Aoun refusaient de nommer les membres de la commission de surveillance de ces élections. Conséquence de cette démission: la consultation électorale, souhaitée par la France et les États-Unis, pourrait être reportée.

Dans un contexte exacerbé par la guerre civile en Syrie, le vide institutionnel risque d’être exploité par les jusqu’au-boutistes de tout bord. Tous les regards sont tournés vers la ville de Tripoli au Nord – d’où sont originaires MM. Mikati et Rifi – et où des affrontements meurtriers opposent quasi quotidiennement sunnites antisyriens à la minorité alaouite locale, qui défend le régime de Damas.

lefigaro.fr

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