Hollande compte sur l’allié marocain au Sahel

Le président de la République effectue une visite d’État de deux jours au Maroc, premier partenaire de la France au Maghreb.

Certes, Mohammed VI a été le premier chef d’État étranger invité à l’Élysée, quelques jours après l’installation de François Hollande. En outre, le nouveau président et le roi se sont parlés au téléphone, notamment en janvier, peu après le lancement de l’opération «Serval» au Mali. Et Jean-Marc Ayrault a été dépêché en éclaireur à Rabat, mi-décembre, à la tête d’une importante délégation. Il n’en reste pas moins que François Hollande est attendu de pied ferme mercredi au Maroc pour sa première visite d’État. D’autant plus qu’il avait fait grincer des dents dans le royaume en se rendant d’abord en Algérie, fin décembre, contrairement à l’usage de ses prédécesseurs.

À Alger, Abdelaziz Bouteflika avait finalement donné son aval à l’intervention militaire française au Mali. Cette semaine à Rabat, le Mali et la situation au Sahel seront également bien présents dans les entretiens, largement consacrés par ailleurs au renforcement des liens économiques. Comme l’Algérie, le Maroc a appuyé l’initiative militaire française, en fournissant du renseignement et en ouvrant son espace aérien aux chasseurs venus frapper les colonnes djihadistes lancées sur Bamako. Sur le Mali, «nous avons été en phase dès le début avec le Maroc», assure un conseiller de l’Élysée. Le 6 février, «M 6» s’est rendu au Caire pour défendre devant le sommet islamique l’opération «Serval». Quelques semaines plus tard, le chef du gouvernement marocain, l’islamiste Abdelillah Benkirane, saluait à son tour le «courage» de la France au Mali.

Légitimement, François Hollande va donc s’employer à remercier le Maroc mais aussi à s’assurer de son soutien pour l’après-guerre, qui s’annonce semé d’embûches. L’exercice sera plus compliqué qu’il n’y paraît, compte tenu notamment de l’extrême sensibilité des relations, fort mauvaises, entre ses deux «soutiens» au Maghreb, le Maroc et l’Algérie, qui se disputent le Sahara occidental. L’ex-colonie espagnole est contrôlée par le Maroc qui propose pour la région une large autonomie sous sa souveraineté. Ce plan est rejeté par le Front Polisario, appuyé par l’Algérie, qui milite pour un référendum d’autodétermination. De laborieuses tentatives de règlement sont menées par l’ONU, qui maintient sur place une mission d’interposition, la Minurso, chargée de surveiller le cessez-le-feu depuis 1991. L’envoyé spécial des Nations unies, Christopher Ross, est actuellement en tournée dans la région. Son rapport est attendu le 22 avril. Selon lui, «la situation très grave au Sahel exige une solution rapide de la crise du Sahara occidental».

«La situation très grave au Sahel exige une solution rapide de la crise du Sahara occidental»

Christopher Ross, envoyé spécial de l’Onu

La crise malienne est venue compliquer le paysage. Des experts, comme le spécialiste de l’islamisme Mathieu Guidère, soulignent la proximité des ambitions nationalistes des Touaregs et des Saharaouis. Pour les uns comme pour les autres, les perspectives politiques restent incertaines. En revanche, la menace sécuritaire aux franges du théâtre malien apparaît bien réelle. Elle s’est accrue récemment avec l’éparpillement des combattants djihadistes traqués par les militaires français et tchadiens. Certains jeunes proches du Polisario sont «descendus» faire le coup de feu à Gao et à Tombouctou. Inversement, des groupes repoussés vers le Nord auraient récemment rejoint des combattants du Polisario. Vu du Maroc, ce risque inquiète au plus haut point. La prise d’otages meurtrière du site gazier d’In Amenas, en Algérie en janvier, a été vécue comme un choc. La sécurité a été renforcée aux frontières et les autorités marocaines ont indiqué depuis avoir démantelé plusieurs cellules terroristes.

Dans ce contexte d’instabilité, les interlocuteurs de François Hollande à Rabat tiennent à s’entendre rappeler que la France soutient le plan d’autonomie marocain. Une ligne dont Paris ne déviera manifestement pas, sans l’appuyer de façon démonstrative non plus, pour laisser une petite chance à l’introuvable «dynamique régionale», comme on le dit à l’Élysée – et surtout pour ne pas se priver de l’appui d’Alger dans cette phase épineuse.

En donnant malgré tout des gages à Rabat sur le Sahara occidental, François Hollande attendra en retour le soutien du Maroc, membre non permanent du Conseil de sécurité, sur plusieurs dossiers chauds: le Mali – la résolution sur le déploiement de Casques bleus doit être votée fin avril -, mais aussi la Syrie.

lefigaro.fr

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